Top albums - avril 2013

Psychédélisme à toutes les sauces dans ce nouveau bilan mensuel du Forum Indie Rock qui nous entraîne de fumeries d’opium éthiopiques en mégapoles lunaires, disséquant nos rêves fanés et nos fantasmes de futurs romancés pour finir sa course dans les flux de matière ionisée d’une éruption solaire.


1. Barn Owl - V

S’il y aura toujours des adeptes du "c’était mieux avant" pour regretter leur psych-folk lancinante des débuts dont on retrouva l’influence chez Grails ou James Blackshaw, c’est surtout depuis son arrivée dans les rangs du label Thrill Jockey que Barn Owl passionne, le projet des guitaristes Evan Caminiti (Higuma, Painted Caves) et Jon Porras (Elm, DVVLLXNS) ne ressemblant plus qu’à lui-même sans jamais traîner deux fois d’affilée ses errances mystiques et desséchées dans les mêmes contrées spatio-temporelles.
Après les ruines rituelles dAncestral Star dont l’americana électrique et aride déployait ses riffs d’éternité sous une voûte de drones sans étoiles, et le désert de cendres du parfait Lost In The Glare à mi-chemin d’un blues radiant et d’un stoner doom chauffé à blanc par un soleil de plomb, V s’attaque donc au dub et aux monolithes futuristes qu’érigeront en guise de mégapoles nos lointains descendants, arpentant à la lueur des lampes à arc ces autoroutes saturées de drones et de synthés conjointement marquées par les pulsations fantasmatiques de DVVLLXNS et les distorsions nocturnes des derniers Caminiti en solo.
Au côté des rêveries cinématiques de John Parish, de la dream-pop bourdonnante de Zomes, du psychédélisme heavy de Life Coach (aka Phil Manley de Trans Am accompagné du batteur de feu The Mars Volta, Jon Theodore) ou du noise rock ambitieux de Double Dagger, la consécration d’un mois d’avril exceptionnel pour Thrill Jockey qui continue après deux décennies à défricher ce que l’indie d’outre-Atlantique a de meilleur à nous offrir.


(Rabbit)


2. Terminal Sound System - A Sun Spinning Backwards

Éclipsé par la lumière noire des synthés, la densité des basses opaques, le flux tendu des kicks martiaux et autres nuées d’hyménoptères zébrant l’atmosphère en essaims belliqueux, pas étonnant que le soleil de Skye Klein tourne à l’envers sur ce 11ème opus de Terminal Sound System, définitivement le secret le mieux gardé du label allemand Denovali et pour cause : jamais l’Australien ne se plie aux conventions mélodiques ou rythmiques des genres qu’il phagocyte, d’un post-rock cinématographique teinté d’électronique dont l’ambition semblait s’être perdue depuis les débuts de 65daysofstatic au dub crépusculaire des débuts dont persistent quelques vestiges sur Suns We’ve Killed, en passant par le free jazz, le doom ou le classical ambient funeste du final de Clearlight. Définitivement plombé mais paradoxalement radiant de noirceur anxiogène, le successeur de Heavy Weather sonne comme la BO élégiaque du jugement dernier... et oui, les aliens sont définitivement dans le coup.


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(Rabbit)


3. La Femme - Psycho Tropical Berlin

Après avoir fait monter le buzz comme il faut pendant 3 ans, La Femme était attendu au tournant pour la sortie de leur premier album. Personnellement, à part leur tube Sur La Planche, je n’en attendais pas grand chose. Et pourtant…
Il faut reconnaître que le groupe a enrichi sa grammaire musicale, et bien que les influences soient rapidement identifiables (Gainsbourg, la new wave, le rock psyché, etc.), l’album fait preuve d’une véritable cohérence et possède un ton qui lui est propre.
Psycho Tropical Berlin est une petite boutique des horreurs, un laboratoire de chimistes pop, parfois à la limite du conceptuel mais sans jamais tomber dans le pensum, tubesque mais sans céder à la facilité.
De cette volonté d’équilibrer le chaos naît une œuvre hautement jouissive, que ce soit dans les tubes déjà bien connus, mais surtout cette tendance à la bizarrerie assumée et au surréalisme suranné, qui fait dériver sa musique de rock syncopé en divagations électroniques (Saisis La Corde).
Alors bien sûr on regrettera une légèreté de ton peut-être trop revendiquée, un regard un peu trop rétro, mais cet album contient assez de bonnes surprises pour ne pas enterrer La Femme tout de suite.


(John Trent)


4. The Besnard Lakes - Until In Excess, Imperceptible UFO

Trois ans après The Besnard Lakes Are The Roaring Night, Jace Lasek et ses acolytes présentent leur quatrième album. Après une longue introduction de plus de six minutes (46 Satires), le quintette canadien propose un petit melting-pot de ses diverses influences. And Her Eyes Were Painted Gold, morceau psychédélique onirique, fait forcément penser aux Flaming Lips de Wayne Coyne tandis que l’envoûtant The Specter fait apparaître une inspiration à chercher aux confins de Air, My Bloody Valentine et Mazzy Star.
Mais People Of The Sticks constitue la vraie réussite de l’album. La pop synthétique du combo d’outre-Atlantique est imparable si bien qu’à peine débutée, on croirait avoir déjà entendu mille fois cette ritournelle.
Un très bon album pour The Besnard Lakes donc, la formation poursuivant son petit bonhomme de chemin en toute cohérence. Ainsi, exemple parmi d’autres, le mellotron, entendu pour la première fois sur l’opus précédent, est utilisé avec davantage encore de maîtrise (The Specter) donnant un accent parfois presque trip-hop aux compositions.


(Elnorton)


5. Junip - Junip

Rien que pour Line Of Fire, cet album éponyme de Junip est une pure réussite. Ce morceau en ouverture est d’une rare beauté toute en retenue pour finir en apothéose. Bien que ce classique instantané et majestueux mette la barre très haut, il ne faut pas se retenir d’écouter la suite qui s’enchaîne et coule de source même si le rythme s’alanguit de plus en plus sans toutefois perdre sa puissance émotionnelle. Les cordes de guitare folk, les nappes synthétiques et psychédéliques, les touches d’électronica trouvent un équilibre fragile et pourtant d’une forte évidence. Les mélodies sont sûrement moins flamboyantes (à l’exception de celles de So Clear et Your Life Your Call) si l’on compare au précédent et premier bel album ( Fields ) du trio emmené par José González, mais gagnent en sensibilité et en profondeur. Ces nouvelles directions (sûrement bien plus partagées par les uns et les autres) ne seront pas pour déplaire à ceux qui ont pu apprécier In Every Direction (single et EP), annonciateur de cette suite des plus sincères et agréables.


(Darko)


5. The Flaming Lips - The Terror

"Wayne Coyne et ses compères font table rase du passé avec The Terror, requiem pour un groupe d’éternels ados finalement rattrapés par la gueule de bois d’after show. Ici la noise vit ses derniers instants sous respirateur artificiel (Be Free, A Way), le psychédélisme est exorcisé à coups de beats tribaux (The Terror), les ballons ont perdu leurs couleurs (You Lust) et la montgolfière de Yoshimi n’est plus qu’un linceul mortuaire errant dans la grisaille de la stratosphère (Turning Violent). Car la terreur du titre est celle du changement, prise de conscience sans cesse repoussée des responsabilités, du vieillissement et autres joyeusetés que les rockeurs aiment à oublier dans l’abus de substances psychotropes.
Ainsi, malgré sa douceur sous-jacente, The Terror semble flotter de vie à trépas et passé le percutant Look...The Sun Is Rising en ouverture, pas mal de fans risquent de trouver le temps long devant la progression quasi ambient de ses deux premiers tiers. Mais arrivé au bout du purgatoire narcotique de Butterfly (How Long It Takes To Die), tout s’embrase enfin avec plus d’acuité qu’il n’y en avait eu depuis longtemps dans la musique des Lèvres en Feu, lâchant les larsens au gré d’un martèlement post-punk incandescent sur Always There...In Our Hearts avant de clore le disque - en indispensable bonus de la version iTunes - sur un sommet de psychédélisme électrisant que n’aurait pas renié Tripping Daisy à ses grandes heures."


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(Rabbit)


7. Phonal - Pinspor

"Ténébreuse, organique et constamment en mutation, l’IDM du Canadien Phonal rivalise de groove épileptique et de malaise rampant avec les abstractions somatiques des géniaux Badun ou Phoenecia. Malgré sa courte durée (33 minutes pour quatre morceaux-fleuves aux structures mouvantes faites de textures insidieuses et flottantes, de beats en liberté, de glitchs cybernétiques et de programmations fugaces), Pinspor est de ces albums dont la richesse et la complexité formelles appellent aux écoutes répétées toujours plus intriguées sans jamais rebuter l’auditeur en quête d’atmosphères étranges et dérangeantes ou de rythmiques à danser sur trente pattes en se tortillant tel un chilopode pris de convulsions. Et si Phil Thomson explique l’avoir enregistré à partir de multiples performances live et mastérisé sur de toutes petites enceintes, le résultat évoque au contraire la grandeur passée d’une IDM à la fois savante et jouissive, celle des têtes chercheuses du label Rephlex d’Aphex Twin ou des pionniers du label Warp, Squarepusher (de quand c’était bien) et Autechre en tête."

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(Rabbit)


8. Pan•American - Cloud Room, Glass Room

Après Terminal Sound System, nous revoilà à fixer le soleil mais en compagnie de Mark Nelson l’expérience tient davantage du mirage scintillant aux allures de rêve éveillé. Toujours fasciné par les espaces urbains abstraits et la notion de temps suspendu ou accéléré qu’ils évoquent, l’Américain pionnier du post-rock avec feu Labradford (au côté de Bobby Donne de retour ici à la basse) et locomotive du label Kranky nous livre le genre d’album à la fois minimaliste et luxuriant dont il a le secret, zébré de drones incandescents et de pulsations contractées qui viennent tirer Pan•American de son cocon de contemplation pour confronter le projet aux poussières d’étoiles de la kosmische musik et à l’insistance d’une batterie feutrée.
Véritable ballet de textures vaporeuses, de guitares en apesanteur et de percus insaisissables (une profusion d’idiophones irisés et de beats craquelés que l’on doit au batteur Steven Hess), ce cinquième opus continue de creuser les pistes électroniques de For Waiting, For Chasing (2006) tout en renouant avec ce post-rock impressionniste que White Bird Release avait déjà commencé à sortir du coton 4 ans plus tôt, une soif d’aventure paradoxale diront certains pour un disque d’ambient dont on aimerait voir la liberté, le foisonnement et le pouvoir d’évocation faire école.


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(Rabbit)


9. Heliocentrics - 13 Degrees Of Reality

Moins brillant et peut-être moins saisissant de génie transgressif que leur homérique Out There de 2007, ce deuxième opus du combo jazz/funk de Jake Ferguson et Malcolm Catto nous happe sans avoir l’air d’y toucher dans son flot d’abstractions droguées, privilégiant aux séries de vignettes virtuoses sous perfusion abstract hip-hop de l’album précédent la construction progressive d’une atmosphère insidieuse qui doit autant au cinéma d’exploitation qu’aux giallos italiens ou aux feuilletons sonores du BBC Workshop.
Ce qui n’empêche pas les Anglais, héritiers de David Axelrod élevés au krautrock et au psychédélisme (comme en témoigne d’emblée le downtempo Feedback aux stridences narcotiques et noisy) de nous livrer au gré de sa narration chapitrée et entre deux interludes déroutants quelques morceaux de bravoure épiques à l’image du single Collateral Damage et de ses crescendos de cordes vénéneuses sur fond de relents éthio-jazz (nous rappelant que les Heliocentrics servirent de backing band de luxe à Lloyd Miller ou Mulatu Astatke), du schifrinien Path Of The Black Sun qu’un jurerait sorti tout droit de la BO de Dirty Harry, de Wrecking Ball avec ses presque 8 minutes de groove martial et ténébreux, ou encore Vibrations Of The Fallen Angels aux faux-airs de western à l’Indienne façon Morricone meets Ravi Shankar.


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(Rabbit)


10. Ben Lukas Boysen - Mother Nature

"Dans la foulée du virage dubstep futuriste et belliqueux dAvenger signé sous son pseudonyme Hecq, la BO du film indépendant Restive nous avait réconciliés l’an dernier chez Hymen avec la facette plus contemplative et non moins inquiétante voire lourde de tension de ce sound designer de formation, une inspiration qui revêt aujourd’hui des atours encore plus épurés et sensibles quoique finalement tout aussi sombres.
Il y a ainsi moins d’infrabasses mais davantage d’arrangements acoustiques et de nappes éthérées sur ce score du survival américain signé Johan Liedgren, les motifs de piano embrumés (Unpack) s’effaçant peu à peu au profit des chœurs synthétiques crépusculaires (Last Supper) et autres stridences drone anxiogènes (Leave).
Bientôt la tension surgit véritablement sur Flat Tire et Rabbit, d’abord des percussions tribales montant crescendo au gré d’une mélodie faussement légère et de plus en plus oppressante sur le premier, puis des pulsations étouffées qui sous-tendent le spleen insidieux du second. Deux dynamiques qui se rejoignent finalement sur Pussy et sa majestueuse escalade dark ambient, climax martial d’une œuvre dont le final poignant viendra appuyer toute l’ambiguïté, entre répression des pulsions primales et persistance des sentiments."


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(Rabbit)


Illustration : Jason Zuckerman.



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mercredi 24 juillet 2019


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