Tir groupé spécial rattrapages 2019 : ils sont passés sur nos platines

Chaque dimanche [enfin, disons plutôt que l’on espère arriver à s’y remettre et avec un peu de chance retrouver cette hypothétique régularité...], une sélection d’albums récents écoutés dans la semaine par un ou plusieurs membres de l’équipe, avec du son et quelques impressions à chaud. Car si l’on a jamais assez de temps ou de motivation pour chroniquer à proprement parler toutes les sorties qu’on ingurgite quotidiennement, nombre d’entre elles n’en méritent pas moins un avis succinct ou une petite mise en avant.



Pour ce premier Tir Groupé de l’année après presque trois mois de procrastination (merci le confinement), on vous a sélectionné sur le tard une dizaine de très belles sorties passés entre les mailles du filet l’an dernier...




- Dead Horse One - The West Is The Best (22/11/2019 - Requiem Pour Un Twister)

Rabbit : Cinq ans après l’excellent Without Love We Perish, le quintette de Valence mettait la pédale (de fuzz) douce sur sa dimension psyché post-BJM pour se recentrer sur les harmonies rêveuses et les murs d’effets abrasifs et nébuleux du shoegaze, à coups de backing vocals éthérés à la Slowdive et de guitares fortement marquées par Ride. Avec Dead Horse One toutefois, pas d’exercice de style ou d’hommage trop révérencieux à l’horizon, on pourrait véritablement croire l’album débarqué de l’an de grâce 1992 tant The West is the Best respire la spontanéité et la sincérité d’une musique que l’on vit en la faisant plutôt qu’en l’écoutant, de ses morceaux les plus légers et planants (Saudade, Gaze) aux plus électriques et massifs quoique tout aussi atmosphériques (Falling, Olifnt).


- Surachai - Come, Deathless (25/01/2019 - BL_K Noise)

Rabbit : Le producteur basé à Chicago a écumé les forêts de son pays d’origine, la Thaïlande, et les côtes de Californie pour rassembler les field recordings servant de matériau à ce nouvel album, qui esquisse également de discrètes accointances avec le metal, comme en témoignent des collaborations avec le batteur Aaron Harris (Isis) et le claviériste Joey Karam (The Locust). En résultent de captivants cauchemars de synthèse modulaire aux déstructurations dystopiques et radicales (The Shedding Of Useful Skin, Casts of Broken Timelines, An Unfamiliar Reflection Activates A Gate) entre deux incursions plus hédonistes (Empress of the Starved Lung, A Sign From Decay) ou presque ambient (Deciphering Whispers From Wind, An Abandoned Throne In The Hall of Extinction), une IDM futuriste et mutante qui marche dans les pas d’Autechre et de Richard Devine et pourrait bien tirer l’Américain de l’anonymat de sa niche electronica tant le genre se fait avare en nouveaux talents depuis quelques années.


- Pølar Moon - Rituals EP (17/05/2019 - The Orchard)

Elnorton : Fruit de la rencontre entre Guillaume Bernard (guitariste de Klone), Julien Lepreux et Julie Trouvé (collaboratrice au chant de Jabberwocky), Pølar Moon dévoilait l’an dernier un premier EP passé entre les mailles de nos filets. Oubli réparé, donc, avec cette mention dans notre Tir Groupé. Si les cinq titres de Rituals explorent des directions différentes, ils partagent certains ingrédients, à commencer par un caractère hanté et un certain hypnotisme conféré par la voix saisissante de Julie Trouvé.
Avec son trip-hop lugubre, Facing The Wall ouvre ce court-format de la plus belle des manières, façon Morcheeba 2.0. Le voyage n’est pas plombant et, sans céder aux sirènes de la facilité, c’est dans une veine plus lumineuse, qui n’est pas sans rappeler les belles heures de Bat For Lashes, que l’EP prend fin avec un Aura sombre et dansant à la fois, soutenu par des rythmiques synthétiques enivrantes. Si les grands moments de Rituals se situent à ses extrémités, les variations jazzy de Love Is Not Enough, la pop plus légère de Rituals et la progression de la guitare acoustique de Moments ne constituent pas moins d’agréables moments. Affaire à suivre, donc, avec la parution possible d’un long-format à venir...


- PHÔS - À l’Oblique (20/11/2019 - autoproduction)

Rabbit : Si l’on peut me compter parmi ceux, dans l’équipe, que l’album de Catherine Watine, Géométries sous-cutanées avait laissés sur le bord de la route (trop de mélange des genres qui manquait à mon sens de naturel et souffrait peut-être d’une instrumentation pas assez organique), c’est tout le contraire avec À l’Oblique, pour lequel la Française s’est associée au mystérieux instrumentiste Intratextures. On y découvre un spoken word d’une mélancolique sérénité qui m’évoque les derniers chefs-d’œuvre d’Anne Clark et notamment ce petit bijou, sur un lit de guitares au spleen contemplatif et aux crescendos délicats, de claviers et de beats minimalistes, qui renvoient à l’infini de l’horizon les textes imagés de Watine, métaphores existentielles et intimes aussi intrigantes que poétiques, douces et non moins habitées, entre persistance du romantisme et appel du désenchantement - Bashung et David Sylvian ne sont pas loin !


- Erlend Apneseth Trio - Salika, Molika (6/06/2019 - Hubro)

Rabbit : Découvert sur le tard par le biais d’un concert dont je parlais ici, le trio du violoniste norvégien affilié au label ambient-jazz Hubro connu pour son attrait des chemins de traverse mêle lyrisme des musiques traditionnelles (Solreven) et liberté du jazz (Cirkus), épure de la musique de chambre (Kirkegangar) et primitivisme des percussions (Takle), folk scandinave ancestrale (Salika, Molika) et ambient acoustique mâtinée d’électronique (Mor Song). La virtuosité, impressionnante sur scène, de ce troisième album en 4 ans n’a ainsi d’égales que sa délicatesse et sa finesse de construction, les discrètes accointances de la pièce centrale Pyramiden avec Talk Talk en constituant certainement le sommet de grâce capiteuse.


- Fehler Kuti - Schland Is The Place For Me (6/12/2019 - Alien Transistor)

Rabbit : Au-delà de l’évidente influence de Fela (Yes (X-Cess), Mayday Mayday), ce premier album de l’Allemand Fehler Kuti aka Julian Warner épaulé par Markus Acher de The Notwist à la batterie et Tobias Siegert (Productionerror, Tonunion) à la prod est un grand disque de pop déviante à la teutonne, quelques part entre Can et Raz Ohara pour faire court. Drums primaux, électronique d’un autre temps et même quelques accents à la Kraftwerk (IL) y côtoient des choses tout à fait inclassables (Rindermarkt et ses allures de Mouse on Mars jazzy) et servent des chansons plus qu’étranges parlant d’aliénation, de disparition du futur et d’anthropologie, le tout avec un imparable groove bricolo. À découvrir !


- Puce Moment - ORG (9/12/2019 - Vert Pituite La Belle)

Rabbit : L’un des sorties les plus OVNIesques du cru 2019 dont la publication tardive avait repoussé la chronique à plus tard, ORG voit le duo lillois, auteur il y a trois ans du fabuleux Ad Noctum du côté de Chez.Kito.Kat Records, expérimenter avec les limitations soniques de l’orgue mécanique, avec le goût qu’on lui connaît pour l’hypnotisme, le minimalisme et l’abstraction sérielle. Au regard du chef-d’œuvre sus-mentionné et en raison de l’unique instrument qui le compose, cet enregistrement live manque certes de textures mais jamais d’inventivité ni de lyrisme en flux tendu, inventant une sorte de musique de cirque itinérant tantôt fantasmagorique ou enchantée, où Philip Glass croiserait le fer avec Dan Deacon et Pantha du Prince.


- Blu & Damu The Fudgemunk - Ground & Water (16/08/2019 - Redefinition Records)

Rabbit : Après Ears Hear Spears, son beatmaking équilibriste et ses cordes tragiques, Ground & Water paraît d’abord presque léger pour Damu, alias le DJ Shadow des années 2010 pour ceux qui suivent... quant à Blu, on l’avait connu nettement plus audacieux, sur le stratosphérique EP de 2016 Open Your Optics To Optimism notamment... mais les semaines passent et le boom bap aussi sincère qu’élégant de cette première collaboration fait son bout de chemin et commence à révéler sa palette de nuances et de détails : les cascades électroniques et orchestrales de Beast Mode, les arythmies tropicales de l’irrésistible Get On Down, le psychédélisme magnétique de Rhymes & Gemstones, l’enchantement discret d’un Grey Heaven effectivement paradisiaque et tout près des Avalanches... pas de quoi cracher dans la soupe donc !


- WaqWaq Kingdom - Essaka Hoisa (15/11/2019 - Phantom Limb)

Rabbit : On devait les voir à Paris dans le cadre du Sonic Protest mi-mars, la fermeture des salles de concerts entre autres "lieux non indispensables" préalable au confinement en aura décidé autrement. Gageons que ce n’est que partie remise, on l’espère du moins car WaqWaq Kingdom (aka l’ex chanteuse de King Midas Sound, Kiki Hitomi, et le bassiste de Seefeel, Shige Ishihara... aucun lien stylistique avec l’un ou l’autre projet) nous en a mis plein les oreilles sur disque, du hip-hop asiatisant de Mum Tells Me au crescendo post-un-peu-tout du génial Medicine Man en passant par la transe d’Itadakimasu ou de Circle Of Life, la cavalcade techno-pop Gift From God ou les hits en puissance à la MIA que sont notamment Doggy Bag et Hototogisu. On aimerait bien que 100% de la world music soit aussi deep et joyeusement barrée à la fois.


- Eddy Current Suppression Ring - All In Good Time (13/12/2019 - Castle Face Records)

leoluce : Une sortie inattendue en toute fin d’année, une quasi-décennie après le précédent Rush To Relax, et immédiatement, All In Good Time s’est inscrit dans l’encéphale. Pourtant, l’urgence habituelle a laissé la place à quelque chose de plus tranquille mais qui touche infiniment. On retrouve tous les traits prototypiques des cultes Australiens - la guitare minimaliste (mais tranchante), la basse caoutchouteuse, la batterie secouée et la voix austère - mais quelque chose a changé : le son est moins revêche, les morceaux se sont adoucis (sans pour autant sonner comme de pauvres ersatz édulcorés des vertes années) et laissent désormais remonter à la surface le songwriting grande classe qui les soutient. Du début jusqu’à la fin, les frissons parcourent l’épiderme : l’éponyme, Voices, Reoccuring Dream, Futur Self ou le merveilleux Like A Comet (et tous les autres) laissent pantois. Sec, toujours tendu et furieusement minimaliste, All In Good Time impressionne et montre un groupe qui, en assumant sa finesse, garde sa combativité intacte. Grand.


Articles - 22.03.2020 par Elnorton, leoluce, RabbitInYourHeadlights
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mercredi 3 juin 2020


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