50 ans de Morricone en 50 morceaux

Dieu sait qu’il n’y pas besoin d’occasion particulière pour rendre hommage à Ennio Morricone, le génie aux 500 BOs qui continue de briller du haut de ses 84 printemps comme en témoignait encore il y a quelques mois le score du poignant La Migliore Offerta, dernier chef-d’œuvre snobé par les distributeurs français de son ami Tornatore. Mais Dieu, puisqu’il est avec nous et que lui non plus n’aime pas les Yankees, sait aussi nous rappeler que Morricone ce ne sont pas que les versions policées au violoncelle par Yo-Yo Ma, les pubs Royal Canin avec Belmondo dans le rôle du clébard ou les Best Of RCA/BMG alignés sur les goûts de la ménagère.

Morricone, seul compositeur lyrique du XXème siècle capable de rallier tous les publics, mélodiste le plus désarmant de l’histoire du 7ème art, arrangeur le plus inventif de son époque, un sens de l’espace et une économie de moyens hors normes... certes. Mais Morricone, par-delà le lyrisme en cinémascope et les cavalcades épiques des westerns de Sergio Leone et de ses émules transalpins de la fin des années 60, ce sont également les scores flippants pour Dario Argento et les comptines psyché lounge du tournant des 70s, les séries B avec Schwarzy en armure caoutchouc et les films de charme italiens où l’on attend désespérément qu’il se passe quelque chose sous la ceinture, les cordes dissonantes, chœurs baroques et percussions en liberté, un retour tardif vers le classique contemporain et la musique sacrée, les prémices de l’ambient moderne ou du trip-hop (les vocalises troublantes et omniprésentes d’Edda Dell’Orso n’y étant sans doute pas pour peu de chose), l’arrivée sur grand écran du bruitisme et même de la musique concrète débarrassée avec brio de ses oripeaux prétendument savants.

Morricone, figure tutélaire pour John Zorn qui lui rendra hommage à travers les reprises de The Big Gundown en 1985, Mike Patton qui compilait quelques-unes de ses plus belles perles anxiogènes sur Crime & Dissonance en 2005, plus récemment Danger Mouse & Daniele Luppi dont le projet Rome était ouvertement calqué sur le son du compositeur italien, survivants de Cinecittà à l’appui, ou encore Ghostface Killah & Adrian Younge qui sur leur 12 raisons de mourir lui en doivent bien 4 ou 5. Mais Il Maestro demeure inimitable comme en atteste le véritable crève-cœur de ne sélectionner que 50 compos de sa pléthorique discographie (largement concentrés il est vrai sur ses 20 premières années d’activité), qui plus est jamais plus d’une seule par bande originale et dans la limite des titres disponibles à l’écoute. Avec le minimum syndical de thèmes archi rebattus et en essayant de varier les plaisirs un maximum sans pour autant tomber dans le catalogue érudit au détriment de ces morceaux de chevet qui me font vibrer depuis tant d’années, jamais loin des images qu’ils ravivent mais jamais amoindris sans elles.

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- Tracklist :

1. Per Un Pugno Di Dollari - 1964
2. Non E Un Dramma (I Pugni In Tasca) - 1965
3. Addio Colonnello (Per Qualche Dollaro In Piu) - 1965
4. Il Profilo Del Destino (Navajo Joe) - 1966
5. Teme Of Ali (The Battle Of Algiers) - 1966
6. L’Estasi Dell Oro (Il Buono, Il Brutto, Il Cattivo) - 1966
7. Svegliati E Uccidi - 1966
8. La Caccia (La Resa Dei Conti) - 1967
9. Deep Down (Danger Diabolik) - 1968
10. Il Grande Silenzio - 1968
11. Estasi (Il Mercenario) - 1968
12. L’Uomo Dell’Armonica (C’era Una Volta Il West) - 1968
13. Lontano (Gott Mit Uns) - 1969
14. Piume Di Cristallo - Alternate Version (L’Uccello Dalle Piume Di Cristallo) - 1969
15. Al Messico Che Vorrei [feat. Christy] (Tepepa) - 1969
16. Alla Luce Del Giorno (Metti Una Sera A Cena) - 1969
17. Vamos A Matar, Compañeros - 1970
18. Queste e Quelle [feat. Chico Buarque] (Sonho de um Carnaval) - 1970
19. Rito Finale (Citta Violenta) - 1970
20. Ninna Nanna In Blu (Il Gatto A Nove Code) - 1971
21. Astratto 2 & 3 (Veruschka, Poesia Di Una Donna) - 1971
22. Come Maddalena (Maddalena) - 1971
23. Pazzia Da Lavoro (La Classe Operaia Va In Paradiso) - 1971
24. Ma Non Troppo Erotico (Le Casse) - 1971
25. Dopo l’Esplosione (Giu La Testa) - 1971
26. La Lucertola (Una Lucertola Con La Pelle Di Donna) - 1971
27. The Ballad Of Sacco And Vanzetti Part 1 [feat. Joan Baez] (Sacco E Vanzetti) - 1971
28. Trafelato (Giornata Nera Per L’Ariete) - 1971
29. La Festa Di Sabato (Correva l’Anno di Grazia 1870) - 1971
30. La Cosa Buffa - 1973 [flagrant délit de recyclage mélodique, cf. le morceau précédent]
31. Victima Pascbali Laudes (The Smile Of The Great Temptress) - 1973
32. Buona Fortuna Jack (Il Mio Nome E’ Nessuno) - 1973
33. Bambole (Spasmo) - 1974
34. Quando Arriva L’Amore (Un Genio, Due Compari, Un Pollo) - 1975
35. Estate - 1908 (Novecento) - 1976
36. Gli Scatenati (Il Gato) - 1977
37. Ipocrisia (La Smagliatura) - 1977
38. Harvest (Days Of Heaven) - 1978
39. Eternity (The Thing) - 1982
40. Copkiller - 1983
41. Friendship & Love (Once Upon A Time In America) - 1983
42. End Credits (Red Sonja) - 1985
43. Penance (The Mission) - 1986
44. Four Friends (The Untouchables) - 1987
45. Visita al Cinema (Nuovo Cinema Paradiso) - 1989
46. Casualties Of War - 1989
47. Grace (U-Turn) - 1997
48. La Leggenda Del Pianista Sull’Oceano - 1998
49. A Heart Beats In Space (Mission to Mars) - 2000
50. Volti E Fantasmi (La Migliore Offerta) - 2013


  Blog - 10.07.2013 par RabbitInYourHeadlights


1965 - 1975 en 100 chansons

Concocter chacun une playlist avec comme unique impératif un titre par artiste sur une période allant de 1965 à 1975 et sans instrus... quelle drôle d’idée, non ? En tout cas, nous nous sommes amusés comme des fous à confronter nos regards sur cette décennie considérée par beaucoup comme l’âge d’or du rock et de la musique black.

Finalement ce fut assez rapide, en une soirée l’idée était lancée et l’affaire bouclée la matinée suivante, en prenant simplement soin d’éviter les doublons - "j’aimerais bien garder Gil Scott-Heron, tu récupères Curtis Mayfield ?", tout au plus une poignée de concessions à la stricte et unique règle du "50 personal best" pour vous proposer davantage encore de pépites et de pistes d’écoute variées. Autant dire que nos sélections ont été instinctives, rien que des morceaux qui nous plaisent vraiment avec autant de poids lourds que de marottes, de grands de l’Histoire volontairement "oubliés" que de "grands oubliés" humblement rétablis à la place qu’ils méritent.


Les 50 chansons de Spoutnik


Instinctive pour moi, car pas de réflexion à la con genre « Un Beatles, quand même il faut bien », « Un Bob Dylan, pour l’ensemble de son œuvre », « Jimi Hendrix et Pink Floyd, c’est un peu deux des symboles de cette époque, j’en mets un de chaque » ou « Frank Zappa est un génie, mais faut être musicien pour apprécier, par contre Jim Morrison est un grand poète, enfin y paraît », non il n’y aura pas de Beatles, pas de Bob Dylan, pas de Pink Floyd pas de Jimi Hendrix, pas de Doors, pas de Bob Marley ou d’Elvis Presley... Il y aura fatalement moins de noms connus (quoi que), moins de morceaux rabâchés qui à la longue sortent par les trous de nez. Il y aura par contre et je l’espère quelques pépites oubliées, moins exposées ou moins évidentes. Et il y aura beaucoup, beaucoup de black music, Otis Redding en artiste de cette décennie à cheval entre deux car même décédé en 1967 il rayonna sur les années suivantes. Résultat : de la soul, du rhythm and blues, de la funk, du paléo-hip-hop, un peu de rock rêche ou psyché et beaucoup de cœur... Alors en avant pour l’aventure et bonne écoute à tous !

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Les 50 chansons de Rabbit


A l’instinct oui, car plus on prend le temps de réfléchir et plus l’exercice s’avère difficile. Dur dur de lâcher des pépites oubliées de Fred Neil ou The Creation au profit de poids lourds comme Led Zep ou Bowie, d’admettre qu’aucune chanson ne sortira de chefs-d’œuvres tels que Rock Bottom ou même l’éponyme des Doors qui ne manque pourtant pas de tubes en puissance, de ne pas avoir d’arrière-pensée en éliminant impitoyablement Nights In White Satin pour en avoir trop soupé à la radio, ou Syd Barrett parce que finalement des tas de bonnes chansons tordues ne font pas un tube évident. Difficile surtout de renoncer à tout un pan du jazz, du krautrock et des musiques de film, à Eno et tant d’autres faute de chant et de paroles même si certains comme Axelrod, Morricone ou Barry se sont frayés un chemin en tant que producteurs. Et puis bien sûr quelle crève-cœur de s’arrêter juste avant le punk, Devo, les Specials ou Television, ces groupes qui ont forgé le son des décennies suivantes mais dont on reparlera, qui sait, dans un prochain article ? En attendant, j’espère vous régaler avec cette seconde salve, un peu moins de black music au programme mais un peu plus de pop orchestrée, de folk anglaise, de glam ou d’americana pour compenser !

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- La playlist de Spoutnik en détails :

1. Wendy Rene - Give You What I Got - Give You What I Got / Reap What You Sow – 1965
2. The Last Poets – Wake Up Niggers – The Last Poets – 1970
3. The Shangri-Las - Out In The Streets - Out In The Streets / The Boy – 1965
4. Carla Thomas & Otis Redding – Tramp – King & Queen – 1967
5. Martha & The Vandellas – Nowhere To Run – Dance Party – 1965
6. Gil Scott-Heron – The Bottle – Winter In America – 1974
7. Funkadelic – Can You Get To That – Maggot Brain – 1971
8. Karen Dalton – It Hurts Me Too - It’s So Hard To Tell Who’s Going To Love You The Best -1969
9. Al Green – Here I Am (Come And Take Me) – Call Me – 1973
10. The Charmels – As Long As I’ve Got You - As Long As I’veGot You – 1967
11. Sonny & Cher – I Got You Babe – Look At Us – 1965
12. The Delfonics - La La Means I Love You - La La Means I Love You – 1968
13. Syl Johnson – Different Strokes – Different Strokes – 1967
14. The Dramatics – In The Rain - Whatcha See Is Whatcha Get – 1972
15. The Rolling Stones – Under My Thumb – Aftermath – 1966
16. Gladys Knight & The Pips - I Heard It Through The Grapevine – In The Groove – 1968
17. Ike & Tina Turner – Proud Mary – Workin’ Together - 1971
18. John Lennon – Instant Karma ! - Instant Karma ! - 1970
19. Os Mutantes - A Minha Menina – Os Mutantes – 1968
20. Etta James – I’d Rather Go Blind – Deep In The Night – 1968
21. Jimmy Ruffin - What Becomes Of The Brokenhearted - Jimmy Ruffin Sings Top Ten – 1966
22. The O’Jays – Black Stabbers - The O’Jays – 1972
23. The Friends Of Distinction – Going In Circles – Grazin’ – 1969
24. Fontella Bass – Rescue Me – The New Look – 1965
25. The Young Rascals – Groovin’ – Groovin’ – 1967
26. The Dells – There Is – There Is – 1968
27. Sam & Dave – Soul Man – Soul Men – 1967
28. The Flirtations - Nothing But A Heartache - Nothing But A Heartache / How Can You Tell Me – 1968
29. Aretha Franklin – Chain Of Fools – Lady Soul – 1967
30. Percy Sledge - Warm And Tender Soul - Warm And Tender Soul - 1966
31. Patti Smith – Gloria – Horses – 1975
32. The Four Tops – Bernadette – Reach Out – 1967
33. James Brown - Mother Popcorn (You Got To Have A Mother For Me) – It’s A Mother – 1969
34. Buffalo Springfield – For What It’s Worth - Buffalo Springfield – 1967
35. Irma Thomas - Take A Look - Take A Look / What Are You Trying To Do – 1965
36.  ? & The Mysterians – 96 Tears – 96 Tears – 1966
37. Otis Redding – Try A Little Tenderness - Complete & Unbelievable : The Otis Redding Dictionary Of Soul – 1966
38. Archie Bell & The Drells - Tighten Up - Tighten Up – 1968
39. The Impressions – People Get Ready – People Get Ready – 1965
40. Toots & The Maytals - Take Me Home, Country Roads – In The Dark – 1973
41. Mama Cass Elliot - Make Your Own Kind Of Music - Bubblegum, Lemonade, And... Something For Mama - 1969
42. Marvin Gaye - Mercy Mercy Me (The Ecology) - What’s Going On - 1971
43. The Miracles - Going To A Go-Go - Going To A Go-Go - 1965
44. Sly & The Family Stone - Underdog - A Whole New Thing - 1967
45. Nico - Chelsea Girls - Chelsea Girl - 1967
46. Dusty Springfield - Son Of A Preacher Man - Dusty In Memphis - 1968
47. The Meters - Wichita Lineman - Struttin’ - 1970
48. Stevie Wonder - He’s Misstra Know-It-All - Innervisions - 1973
49. Johnny Cash - Folsom Prison Blues - At Folsom Prison - 1968
50. Barry White - Can’t Get Enough Of Your Love, Babe - Can’t Get Enough - 1974



- La playlist de Rabbit en détails :

1. Louis Armstrong & John Barry - We Have All The Time In The World [ On Her Majesty’s Secret Service OST, 1969]
2. Burt Bacharach - Something Big [single, 1973]
3. The Band - The Night They Drove Old Dixie Down [ The Band, 1969]
4. Sibylle Baier - Give Me A Smile [ Colour Green, 1975]
5. Shirley Bassey & Lalo Schifrin - The Liquidator [ The Liquidator OST, 1965]
6. The Beach Boys - Our Sweet Love [ Sunflower, 1970]
7. Big Star - Watch The Sunrise [ #1 Record, 1972]
8. David Bowie - Space Oddity [ Space Oddity, 1969]
9. Chico Buarque & Ennio Morricone - Roda Viva [ Sonho de um Carnaval, 1970]
10. Tim Buckley - Phantasmagoria In Two [ Goodbye And Hello, 1967]
11. Vashti Bunyan - Rainbow River [ Just Another Diamond Day, 1970]
12. John Cale - Paris 1919 [ Paris 1919, 1973]
13. Can - Mary, Mary So Contrary [ Monster Movie, 1969]
14. Leonard Cohen - Avalanche [ Songs Of Love And Hate, 1971]
15. Nick Drake - Things Behind The Sun [ Pink Moon, 1972]
16. Elephant’s Memory - Old Man Willow [ Elephant’s Memory, 1969]
17. Family - The Weaver’s Answer [ Family Entertainment, 1969]
18. Jackson C. Frank - Milk And Honey [ Blues Run The Game, 1965]
19. Serge Gainsbourg - Melody [ Histoire de Melody Nelson, 1971]
20. The Groop - Time Fire [ The Groop, 1969]
21. Tim Hardin - It’ll Never Happen Again [ Tim Hardin 1, 1966]
22. Isaac Hayes - Our Day Will Come [ ...To Be Continued, 1970]
23. Lee Hazlewood - Wind, Sky, Sea & Sand [ Poet, Fool Or Bum, 1973]
24. The Isley Brothers - It’s Your Thing [ It’s Our Thing, 1969]
25. The Kinks - Shangri-La [ Arthur (Or the Decline and Fall of the British Empire), 1969]
26. Led Zeppelin - Babe I’m Gonna Leave You [ Led Zeppelin I, 1968]
27. The Left Banke - Walk Away Renée [ Walk Away Renée / Pretty Ballerina, 1967]
28. Love - A House Is Not A Motel [ Forever Changes, 1967]
29. Curtis Mayfield - Wild And Free [ Curtis, 1970]
30. Van Morrison - The Way Young Lovers Do [ Astral Weeks, 1968]
31. Harry Nilsson - One [ Aerial Ballet, 1968]
32. Linda Perhacs - Hey Who Really Cares ? [ Parallelograms, 1970]
33. Pisces - Sam [ A Lovely Sight, 1969]
34. Lou Rawls & David Axelrod - Love Is A Hurtin’ Thing [ Soulin’, 1966]
35. Sixto Rodriguez - Sugar Man [ Cold Fact, 1970]
36. Sagittarius - My World Fell Down [ Present Tense, 1968]
37. Silver Apples - Program [ Silver Apples, 1968]
38. Nina Simone - Here Comes The Sun [ Here Comes The Sun, 1971]
39. Nancy Sinatra - These Boots Are Made For Walking [ Boots, 1966]
40. The Stooges - I Wanna Be Your Dog [ The Stooges, 1969]
41. T. Rex - 20th Century Boy [single, 1973]
42. The Temptations - You Make Your Own Heaven And Hell Right Here On Earth [ Psychedelic Shack, 1970]
43. The Velvet Underground - Venus In Furs [ The Velvet Underground & Nico, 1967]
44. Arthur Verocai - Presente Grego [ Arthur Verocai, 1972]
45. Scott Walker - It’s Raining Today [ Scott 3, 1969]
46. Dionne Warwick & Burt Bacharach - Do You Know The Way To San José [ Valley Of The Dolls, 1968]
47. The Who - Baba O’Riley [ Who’s Next, 1971]
48. Bobby Womack & J.J. Johnson - Across 110th Street [ Across 110th Street OST, 1971]
49. Neil Young - Don’t Let It Bring You Down [ After The Gold Rush, 1970]
50. The Zombies - Care Of Cell 44 [ Odessey & Oracle, 1968]



  Blog - 02.07.2013 par RabbitInYourHeadlights, Spoutnik


66 titres pour une demi-année de hip-hop (en attendant l’autre)

La moitié de l’année 2013 est derrière nous et déjà un premier bilan s’impose. Un bilan pour le fun, juste pour le plaisir comme disait le philosophe. Alors que retenir de ces six mois ? D’abord une météo globalement complètement pourrie, et puis et surtout pour contrebalancer cette morosité climatique une actualité hip-hop (passée et à venir) assez succulente ! Des valeurs sûres (The Doppelgangaz ou Ghostface Killah), des confirmations (Ghostpoet ou Jeremiah Jae), des découvertes (Tha Connection, Hawk House ou The Underachievers), tout ce qui m’a plu de janvier à juin à travers une grosse playlist de 66 titres hip-hop, avec comme d’habitude un morceau par artiste et par album. 66 pistes avec forcément quelques oubliés, mais je l’espère quelques découvertes. 66 titres pour vous faire bouger la tête et le reste en attendant un hypothétique retour définitif du soleil !


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  Blog - 25.06.2013 par Spoutnik


Bach to the basics

Vous l’aurez remarqué, on ne parle pas souvent de musique classique sur IRM mais quand on y fait référence c’est souvent Bach qui revient sur le tapis. De là l’idée de compiler quelques-uns des hommages les plus barrés, régressifs ou pour le moins osés au fossoyeur du baroque, avec deux ou trois sucreries en bonus. Comme quoi on peut réviser ses gammes tout en taquinant les puristes, merci Jean-Seb.


- Ennio Morricone - La Resa Dei Conti (1965)

L’orgue de la funeste Toccata et fugue en ré mineur (BWV 565, 1707) qui s’invite au milieu d’un crescendo déjà bien dramatique, c’était le coup de génie décalé du Maestro pour transcender le duel d’anthologie du second western culte de Leone, Et pour quelques dollars de plus  :


- Mobb Deep - Watch Ya Self (2009)

Même pièce de Bach mais cette fois ce sont les croque-morts du hip-hop new-yorkais des 90s qui s’y collent avec un morceau bulldozer et néanmoins bien efficace, une référence gothique tellement grosse que mine de rien, fallait oser :


- Immortal Technique - Dance With The Devil (2001)

Punchlines violemment drôles sur fond de Sonate pour viole de gambe et clavecin (BWV 1027, 1738), le contraste est plutôt saisissant en morceau caché du single Dance With the Devil, extrait du tout premier album de ce rappeur d’origine afro-péruvienne ( Revolutionary Vol. 1 ) :


- Busdriver - Imaginary Places (2002)

Ça commence à partir en sucette, la faute au sémillant Busdriver qui s’en donne à coeur-joie côté rap mitraillette sur ce sample ultra-speedé du célèbre Menuet et badinerie, final de l’Ouverture n°2 en si mineur (BWV 1067, 1738) :


- Virus Syndicate - Neva Argue (2007)

Du rap au grime il n’y a qu’un pas et sur le même air que Busdriver les Mancuniens de Virus Syndicate font peut-être encore plus fort quoique moins véloce, ici c’est la déconstruction qui prime et les trois MCs envoient du petit bois... celui de la flûte traversière bien sûr :


- DJ Scotch Egg - Scotch Sundance (2007)

On vire électro japonaise avec le Scotch Hausen de DJ Scotch Egg et son thème du boss à péter une durite sur la Game Boy du petit frère, comme quoi Bach avait aussi inventé Nintendo et le digital hardcore avec sa Fugue en sol mineur (BWV 578, 1703) :


- Cornelius - 2010 (1997)

Fugue en sol mineur, nintendocore et Japon toujours, mais cette fois c’est l’indémodable Fantasma de Cornelius qui ressort des tiroirs pour un délire azimuté digne dOrange Mécanique qui préfigurait déjà les télescopages d’un World’s End Girlfriend :


- r.roo - Chaos In My Thoughts And Aria By Bach (2011)

Sarabande de l’Ouverture n°3 en ré majeur (BWV 1068, 1731) ou simplement Aria pour les intimes, la vérité c’est qu’on n’en entend que quelques bribes de chant lyrique savamment malmené sur ce petit sommet d’IDM ténébreuse et déstructurée de l’Ukrainien, émaillé de samples vocaux en japonais pour nous égarer encore davantage dans son no man’s land aux relents de soufre :


- Para One & Iko - Passion (2009)

Non ce n’est ni la BO de Scarface par Giorgio Moroder ni un score oublié de John Carpenter mais bien l’hommage crépusculaire du frenchie Para One au choeur d’ouverture de la Passion selon St Jean (BWV 245, 1724), tiré non pas de son récent album Passion mais bien de ce très bon tribute collectif à l’art lyrique dont on vous parlait à l’époque ici :


- Aidan Baker - Prelude : Drowning Version (2012)

L’hommage du guitariste et droneux canadien à la mélancolique Suite pour violoncelle n°1 en sol majeur (BWV 1007, 1720) est double, la version noyée (sous les effets narcotiques à couper au couteau) et celle qui vous noie, en l’occurrence c’est cette dernière que l’on a choisi pour son crescendo bourdonnant aux allures de purgatoire soyeux :


- Jaco Pastorius - Chromatic Fantasy (1981)

Un petit détour par la basse jazz de Jaco Pastorius pour une Fantaisie chromatique (et fugue en ré mineur, BWV 903, 1730) partagée entre dépouillement virtuose et emphase asiatisante. Kitschounet mais assez ovniesque dans son genre :


- Jethro Tull - Bourée (1969)

Certainement pas le seul groupe prog à avoir repris Bach mais il faut avouer que les débuts des vétérans anglais ont plutôt mieux vieilli que la moyenne du genre, comme en témoigne ce petit jam easy-listening sonnant la rencontre entre classique, jazz-rock et ballade moyenâgeuse, la fameuse flûte de Ian Anderson remplaçant le luth originellement prévu pour cette Bourrée de la Suite en mi mineur (BWV 996, 1707) :


- Herb Alpert & The Tijuana Brass - Jesu, Joy Of Man’s Desiring (1968)

Après les bizarreries on passe aux sucreries, à commencer par cette liturgie de Noël aux allures de berceuse romantique sous influence Bacharach, il faut dire qu’Herb Alpert et son brass band interprétaient l’année précédente le score de Casino Royale pour le compositeur et arrangeur américain :


- The Beach Boys - Lady Lynda (1979)

Les garçons de plage s’inspirent eux aussi de Jesus bleibet meine Freude, dernier mouvement de la Cantate Herz und Mund und Tat und Leben (BWV 147a, 1723) avec Sterling Smith au clavecin. Brian Wilson ayant déserté sur ce L.A. (Light Album) pas franchement mémorable, on se contentera d’une chanson d’amour d’Al Jardine à sa femme, sommet du disque tout de même (avec le désarmant Full Sail) dont la ferveur à toute épreuve rattrape les sonorités un peu cheap :


- Lost In The Trees - Mvt. I Sketch (2011)

Enfin, on termine sur cet instrumental qui n’a rien d’une reprise mais sur lequel plane indubitablement l’influence du compositeur allemand. Ari Picker et son groupe de musiciens de formation classique rompent avec leur folk richement arrangée le temps de deux transitions dramaturgiques aux orchestrations plus minimalistes, et ce premier mouvement qui doit d’ailleurs autant à Schubert ou encore Stravinsky est particulièrement réussi :


  Blog - 20.03.2013 par RabbitInYourHeadlights


IRM Podcasts - #6/ Mag’s Winter Podcast

Si comme nous vous appréciez sa plume dans les colonnes de trip-hop.net, vous ne serez pas pris au dépourvu par la forte teneur alt-rap de cette sélection hivernale signée Mag... ce qui ne devrait pas vous empêcher, toujours comme nous d’ailleurs, d’y faire quelques bien jolies découvertes entre deux "classiques" underground des écuries Decorative Stamp ou Anticon, commentés morceau par morceau par notre invitée.


IRM : Mag’s Winter Podcast (2013) by Indierockmag on Mixcloud


1. Why ? - Crushed Bones

Quelque chose du titre parfait ce Crushed Bones, pour moi. En tout cas, mon top one Why ? tous albums confondus. Ces fractures, cette orchestration, ces contrastes... something like... the perfect track !  


2. Swordplay & Pierre The Motionless - Ant Eats Anteater (feat. James P Honey)

Pour le contraste entre les flows de Honey et Swordplay (la première voix qu’on entend est celle de Swordplay, rapidement relayée par Honey) : la rencontre est rare, le beatmaking parfait, ultra fan de ce titre ! On attend de nouvelles choses du duo Swordplay / Pierre The Motionless pour bientôt on espère, et il se pourrait bien que ce soit dans cette veine..


3. 13&God - Death Major

On s’enfonce un peu dans la fêlure alt-rap avec 13&God, en particulier sur ce titre avec la voix d’alien de Doseone au meilleur de sa forme et ces orchestrations sinueuses entre ruptures et délicatesse absolue. Toujours été très fan des Notwist, alors forcément, la rencontre avec le duo Themselves, j’aime ! Et sur ce titre je la trouve magnifique.


4. Fbc Fabric & Reindeer - The Only Dance I Can Do

Ce titre a si souvent collé, par sa beauté sombre, sa tristesse alanguie, à ma propre mélancolie... "Fbcfabric & reindeer write music which falls somewhere between reality and a darkly distorted version of it". Issu du très bel album It’s Not Who You Know, It’s Whom You Know, album épuisé sorti en 2005 et devenu culte dans le petit monde de l’alt rap, ce qui fait bien plaisir.


5. 2econd Class Citizen - On Emptiness

Tu retiens ton souffle : un des plus beaux titres instrumentaux que la terre ait jamais porté (avec le Please Call Stella de Fbc Fabric, album cité juste avant). 2econd Class Citizen est un artiste du label allemand Equinox géré par DJ Scientist. Son album A World Without doit faire partie de toute collection qui se respecte, d’autant qu’Equinox a la bonne habitude de sortir de très beaux vinyles !


6. Motionless - Chisel Obsidian (feat. Demune & Xiomara Sol)

Horriblement difficile de choisir un titre de Motionless. Il y a de tas de candidats, Calm & Quiet, Voyage Voyage, The Fairy Tales Of David Burton : Motionless est un quatuor français qui fusionne hip-hop et jazz tout en ayant plaisir à inviter divers MC américains sur ses beats. Un seul et très bel album pour l’instant, on attend la suite avec beaucoup d’impatience même on sait qu’il va falloir patienter encore pas mal en fait. Je ne peux que recommander chaleureusement d’écouter The Inertia Of An Accent At Rest.


7. Radical Face - Ghost Towns

J’adore Radical Face. Mon côté romantique, totalement incarné par ce chant, ses histoires douces amères, ses instrumentations mélodieuses, typiquement ce type de titres avec piano et cordes. Radical Face est un poète. Sur cet album, il fait tout tout seul, et c’est super réussi. Dans la même veine il y a aussi Electric President, le duo qu’il forme avec Alex Kane. Un de ceux que je n’ai pas encore eu la chance de voir et que j’attends de pied ferme.


8. Bleubird - Time 4 Real (feat. Ceschi)

Le dernier album de Bleubird a beau être boudé par les fans de la première heure - et c’est vrai qu’on est loin du rugueux Rip USA - ce Time 4 Real featuring Ceschi n’en reste pas moins le type même du titre irrésistible, avant tout en raison de la rencontre des super héros de l’alt rap Ceschi et Bleubird, avec de chouettes textes et des mélodies efficaces. J’aimerais beaucoup le voir avec ses deux protagonistes, qui sont vraiment des artistes à voir live.


9. Lmntl819 & Reindeer - Phoenix Rising

Pour ce titre cultissime entre tous, j’ai bêtement hésité entre la version album et la version live, et pourquoi pas les deux ? Vous avez donc la chance d’enchaîner ces deux magnifiques versions issues d’un album qui fait partie de mon top ten de toute ma vie, hivernal au possible, Views From The Psychedelik Deathcab. Celui que Reindeer sortait en 2009 avec le Canadien Lmntl819, plus des tas d’invités : sur la version studio on trouve aux voix en plus de Reindeer, Babel Fishh, BeastMaster, Edison, evak1, Filkoe, jamesphoney, Mildew, Swordplay : totalement unique.


10. jamesphoney & jamesreindeer - Phoenix Rising

La même en version live en 2010 à Leipzig, sur un live de jamesphoney & jamesreindeerBabel Fishh s’invite. Mythique !


11. A Band Of Buriers - Cello Dub

Tiré du deuxième album des Buriers, une des plus belles sorties 2012 du label Decorative Stamp, Cello Dub s’accompagne d’une de ces extraordinaires petites vidéos dont le duo britannique a le secret, ici accompagné de choristes. A Band of Buriers invente l’anti rap alternative folk et confirme qualité artistique et originalité d’un projet de haute volée.



12. A Silver Mt. Zion - Mountains Made Of Steam

Monument du post-rock canadien, A Silver Mt. Zion est culte tant pour son engagement que pour son talent à le mettre en musique avec une intensité assez incroyable. Pas évident de choisir un titre, j’adore ce Mountains Made Of Steam sachant que la sortie-surprise du Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! de Godspeed You ! Black Emperor a encore ravivé ma flamme. Ici et sur A Silver Mt. Zion en général, on savoure en plus l’impact des voix.


13. Chapelier Fou - Fritz Lang

Une trouée de lumière dans cette atmosphère un poil anxiogène avec ce talentueux mais non moins toqué Chapelier que je ne saurais trop vous conseiller d’aller voir officier live, avec ses machines et ses violons, tout en délicatesse et harmonie. Fascinant personnage !

CHAPELIER FOU | FRITZ LANG (Live @ Les Trinitaires, Metz-FR 05.04.2012) from What comes around... Goes around on Vimeo.



14. Son Lux - Break

Son Lux, ce type est un génie qui m’impressionne beaucoup, sans doute en raison de son parcours classique, de son inventivité et de la pureté absolue qui se dégage d’un titre comme Break. Je retiens mon souffle 2.


15. The Woolgatherers - Everything With You

Ce titre est un de mes gros coups de coeur alt rap 2012. Je me rappelle avoir acheté le 10" à Ancient Mith lors de son passage à Amiens au printemps dernier ; j’ai de chouettes souvenirs de concerts à Amiens, il y a un petit groupe de gens très actifs qui s’efforcent de faire jouer des tas d’artistes intéressants que personne va voir quand ils jouent à Paris.


16. Triune Gods - Same Train

Triune Gods, c’est Bleubird avec Scott Da Ros aux instrus + le Japonais Sibitt ; un morceau mélancolique et progressif où Bleubird a le flow lent, ce qui lui donne plus d’ampleur, sur une prod racée de Scott Da Ros ; une très chouette vidéo existe d’ailleurs pour ce titre.



17. Home - Author

Home est le frère d’Edison et c’est aussi un quart de Papervehicle, ce titre est extrait de son album solo Lone, sorti l’an dernier sans grand bruit car notre Home a l’air plutôt discret. Il n’empêche qu’il nous a offert un chouette premier album à teneur alt folk rap qui faisait partie des sorties à écouter en 2012.


18. Ceschi - Same Old Love Song (feat. 2Mex & Awol One)

Sur une de ces prods aériennes dont Scientist a le secret qui mêlent hip hop et éléments de folk, ce titre de Ceschi featuring 2Mex et Awol One fait un peu partie des singles incontournables de l’alt rap, servi par une de ces belles sorties picture disc 12’’ du label Equinox. Par contre il est épuisé !


19. Soso - Your Skin Brown From The Sun

Soso, ses mots et son piano, cette production soignée, tout en douceur, tout en mélancolie... Sorti en 2005, Tenth Street And Clarence évoque rupture et dépression, solitude et souvenirs tristes, dépouillement et poésie... un album hanté. Soso est un artiste canadien aux multiples facettes qui mérite définitivement qu’on s’y arrête.


20. The Third Eye Foundation - Closure

Et le soin de clore tout en noirceur sera laissé à The Third Eye Foundation, une des très belles sorties de l’année 2010 avec The Dark et une belle entrée dans la nuit pour ma part. J’espère que vous aurez apprécié le voyage jusqu’au bout !


Crédit logo du podcast : Brad Hamers.


  Blog - 20.01.2013 par mag?, RabbitInYourHeadlights