Top albums - novembre 2014

En faisant la part belle à l’ambient, au metal, aux abstractions électroniques, au hip-hop expérimental pour ne réserver à la pop qu’une enclave empreinte de tristesse et de gravité, ce dernier bilan mensuel de l’année avant le grand référendum final confirme une tendance évidente : 2014 fut un grand cru, mais sûrement pas pour les musiques hédonistes, insouciantes, immédiates qui font la joie des gros médias en manque de curiosité.

Rendez-vous donc début janvier, loin de la hype et des consensus mous, pour célébrer en compagnie des rédacteurs d’IRM tous ces labels et musiciens qui continuent à faire de la musique une aventure au quotidien. Car ceux auxquels on doit les 10 albums qui suivent en font assurément partie.


Les résultats



1. Loscil - Sea Island

A l’instar de Simon Scott qu’on avait connu aux fûts de Slowdive, le Canadien Scott Morgan n’est plus seulement aux yeux des amateurs d’ambient ce talentueux transfuge de Destroyer, dont il tient régulièrement la batterie au service des pop songs glam et psyché de Dan Bejar, mais un grand nom à part entière des musiques expérimentales d’aujourd’hui.
Entre un Sketches From New Brighton un peu pépère en 2012 puis, du côté de Glacial Movements, un Erebus vite oublié l’année passée dont la grandiloquence mystique et les débordements de samples vocaux aux effets datés devaient certainement davantage au surestimé Bvdub, le fidèle de Kranky n’était pourtant pas dans sa meilleure passe... du moins jusqu’à ce que les 11 bijoux d’impressionnisme électro-acoustique qui constituent ce Sea Island ne viennent nous rappeler à la grâce absolue que peuvent revêtir les foisonnements élégiaques de l’auteur dEndless Falls.
Agrémentés ici de vents évanescents, de percus cristallines, de chœurs éthérés et autres vestiges d’instruments rendus méconnaissables par l’érosion des embruns, on retrouve en effet ces claviers fugaces, drones vaporeux, blips oniriques et pulsations deep mais discrètes typiques de l’univers du musicien, cristallisant avec un regain d’élégance dans l’abstraction la pureté de nos soupirs figés par l’air glacé des îles du nord. Du grand art.

(Rabbit)


2. Lawrence English + Stephen Vitiello - Fable

Trois ans après le superbe Acute Inbetweens où se croisaient déjà le goût de Stephen Vitiello pour l’interprétation des souvenirs visuels à l’aide de percussions trouvées et autres field recordings manipulés, et celui de Lawrence English pour un drone opaque et vertigineux, les architectures de temps suspendu laissent place à une approche nettement moins abstraite sur Fable, déroulant sur sept titres visions fantasmatiques et progressions hallucinées dont l’imaginaire contrasté et la dynamique quasi narrative ne souffrent d’aucune tendance à la démonstration.
En cela, cette seconde rencontre couchée sur sillons de l’Américain et de l’Australien est un peu l’antithèse réussie du décevant Virgins de Tim Hecker, la science des masses organiques de sonorités électro-acoustiques en mouvement au service d’une atmosphère cohérente, sans prétention avant-gardistes ni quête ostensible de la démesure.
Il faut dire que Vitiello, coutumier des collaborations (avec Machinefabriek, Taylor Deupree, Molly Berg ou encore tout récemment Steve Roden pour l’onirique The Spaces Contained In Each aux intrigantes errances contemplatives) sait mieux que quiconque quand laisser de l’espace aux flux texturés de ses pairs - ici les nappes tantôt ruisselantes, radiantes ou grondantes d’un English en grande forme depuis les vortex magnétiques de l’impressionnant Wilderness Of Mirrors - ou quand investir au contraire cet espace à grands flots d’idiophones hypnagogiques et de sons naturels réinventés en pulsations d’un écosystème chimérique.

(Rabbit)


3. Serengeti - Kenny Dennis III

Bières, moustache, lunettes, benzédrine, ego-trip has-been et critique du rap game, le 3ème volet des aventures de Kenny Dennis (même si le personnage date de 2006 avec Dennehy) reprend les ingrédients des précédents opus et le résultat est toujours aussi savoureux.
Cette fois-ci fini la rigolade (quoi que), fini les embrouilles autour de Tha Grimm Teachaz avec Shaquille O’Neal et Tevin Campbell, le Chicagoan quinquagénaire sorte de Tom Selleck bouseux épaulé par son pote Ders (Anders Holm de la série "Workaholics") est en pleine crise existentielle !
Voilà pour la forme ; concernant le fond, David Cohn aka Serengeti vient juste de nous livrer l’un des meilleurs albums d’une discographie déjà grande de plus d’une vingtaine de sorties. Pourtant l’année 2014 paraissait bien mal embarquée avec un Sisyphus bien décevant aux côtés de Son Lux et Sufjan Stevens (même si toute la presse musicale a crié au génie, j’ai toujours pas bien compris). Oui mais voilà, Kenny Dennis III, c’est Odd Nosdam à la production et c’est toujours assez merveilleux ! Des prod’ chaudes, cinématographiques, mélancoliques, sobres, pleines de grésillements et de textures d’une classe et d’une simplicité brutes, alors oui, Serengeti n’est pas un emcee extraordinaire mais son flow linéaire, plus dans le storytelling que dans le rap acrobatique, tranche admirablement avec le travail d’Odd Nosdam. Peut-être qu’il faut avoir l’oreille habituée pour apprécier, mais comme l’annonce la piste d’ouverture de Kenny Dennis III, ça n’est pas pour les débutants ! No Beginner !

(Spoutnik)


4. Vladislav Delay - Visa

"Désormais adepte d’un ambient-jazz déconstructiviste avec le Vladislav Delay Quartet et d’une dubtronica impressionniste au sein du Moritz Von Oswald Trio, le Finlandais tire le meilleur de ces diverses expériences en offrant à ses nouvelles compos une densité et une tension qui doivent autant au drone qu’aux pulsations analogiques semi-aléatoires d’un Keith Fullerton Whitman, improvisant sur une trame en flux tendu des entrelacs de nappes oniriques aux mutations insaisissables et cette fois totalement libérés des contrainte mélodiques, harmoniques ou rythmiques qui encadraient encore, même avec discrétion, les longues errances dEle en 99.
"Est-ce donc encore de la musique ?" questionneront les sceptiques. Eh bien oui, sans l’ombre d’un doute car si la déconstruction est de mise sur ces cinq pistes hypnotiques, jamais Visa ne cesse de s’adresser aux sens, qu’il de s’agisse de les bombarder de reliefs fugaces et contrastés sur un Visaton intrigant de plus de 23 minutes, de les piler menus sur Viaton et Viisari, de les désorienter au gré des pulsions fractionnées de Vihollinen ou de finalement les anesthésier sur Viimeinen, conclusion plus concise aux motifs ambient minimaux réitérés jusqu’au vertige."

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(Rabbit)


5. DREDi - The Stimulus Package

Tout au long de cette année, l’excellent label IHAA nous aura habitués à la luxueuse routine de nous mettre une ou deux claques par mois. Novembre ne déroge pas à la règle. Cette fois-ci, Justin Bieler est allé faire ses courses du côté de Northampton, c’est là qu’officie la perle rare dont le blaze est DREDi et ce que fait le beatmaker rosbif sur les 26 pistes de The Stimulus Package est juste incroyable.
Une des meilleures beat tapes de l’année ? Oui, assurément si ce n’est la meilleure. En attendant, quel pied ! DREDi, en véritable orfèvre d’un boom-bap en voie de disparition, est au niveau des plus grands. Les 26 vignettes de The Stimulus Package ne dépassant que rarement les deux minutes sont riches ou minimales, luxuriantes ou abyssales. Toujours pleines de sens et de sensations, elles se suivent toutes sans se phagocyter. Les collections de samples contrastés installent des ambiances en un clin d’œil et on se prend à rêver à Maker (sans Qwel) pour cette simplicité lo-fi qui ne tombe jamais dans la facilité et la pauvreté. On pense aussi aux beat tapes du Primo des années 90, à la noirceur d’Havoc ou RZA, mais aussi à une certaine insouciance lunaire de Prince Paul. Si on rajoute à ce cocktail une pincée de Specials Herbs en moins badaboum, un doigt de Metal Fingers et une touche de The Beat Konducta (pas pour rien qu’on l’appelle Beat Broker), on n’est pas loin de la perfection stylistique !
Pour finir sur une porte ouverte vers l’avenir et répondre au sempiternel "C’est bien mais y manque un bon flow", observons juste que DREDi est pote avec Lukey Cage et NoEmotion, deux des nouveaux emcees les plus intéressants de l’année, alors soyons patients, 2015 leur appartient déjà !

(Spoutnik)


6. Damien Rice - My Favourite Faded Fantasy

"Malgré un hiatus de huit longues années, Damien Rice a su entretenir l’étincelle pour la transformer en un feu prolifique dont il serait bien délicat d’isoler une paire de morceaux sur ce My Favourite Faded Fantasy brillant à la fois par son homogénéité, sa cohérence et sa beauté douloureuse.
A l’instar du titre It Takes A Lot To Know A Man, on retrouve régulièrement un thème court répété inlassablement au piano, accompagné du chant tortueux de l’Irlandais et de cordes (voire même quelques cuivres) sensibles ici et là, évoluant vers une dimension plus fracassante jusqu’à l’explosion finale. Parfois, les accords de piano sont remplacés par une guitare acoustique (The Greatest Bastard).
Si les composants et la trame narrative des morceaux sont on ne peut plus classiques, l’absence de Lisa Hannigan a généré un vide qui laisse davantage encore de place au spleen du musicien dont l’authenticité est sans doute plus perceptible que jamais. On se délectera du crescendo de The Box et il sera toujours question d’oscillation d’intensité sur un Trusty And True où l’organe vocal de Damien Rice brille par sa polyvalence et son omniprésence, tandis que la ballade Long Long Way à la fois mélancolique et dramatique vient conclure de manière idéale ce disque avec un soupçon de grandiloquence."

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(Elnorton)


7. Mamiffer - Statu Nascendi

"Voilà enfin le successeur de l’hypnotique Mare Decendrii, sorti en 2011, du couple Faith Coloccia (Everlovely Lightningheart, House Of Low Culture) et Aaron Turner (Old Man Gloom, ISIS).
Sur Statu Nascendi, Mamiffer se recentre sur le format simplifié du duo et se débarrasse de ses dernières scories "rock" pour nous offrir une œuvre minimaliste essentiellement basée sur des vocalises éthérées et des mélodies mélancoliques à l’orgue et au piano, l’ensemble à peine troublé par des nuées de drones brumeux.
Cet amalgame de chant vaporeux et de complaintes sombres donne à Statu Nascendi une aura toute organique lorgnant subtilement vers une ambient sensible et abyssale qui pourrait être comparée à un rejeton des Cocteau Twins sous acide… ou de Horseback sous antidépresseurs… au choix.
Avec ce nouvel album, Mamiffer engendre presque 40 minutes de délicatesse absolue et éblouissante."

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(nono)


8. American Heritage - Prolapse

"Depuis 1996 le trio American Heritage balance un mélange de sludge et de hardcore qui fait grincer des dents.
Lourd, monstrueux, saignant, Prolapse combine avec succès riffs ravageurs, vocalises ultra agressives et rythmiques pachydermiques pour une demi-heure d’un rouleau compresseur de distorsions, de martèlements frénétiques, de vrilles vicieuses et de complaintes visqueuses. Une série de morceaux enragés et rugueux exécutés avec brio, preuve s’il en est que du chaos peut naître un éclat de pure émotion.
Bref, Prolapse a la légèreté et la douceur d’un coup de machette dans la tête, et se conclut en beauté par une sélection de reprises (Descendents, Black Flag) dont on retient une interprétation toute nauséabonde du Bulletproof Cupid de Girls Against Boys qui se hisse directement dans mon top des meilleures reprises jamais réalisées."

(nono)


9. Graveyard Tapes - White Rooms

Toujours aussi ambitieux et transgressif dans son approche d’une pop atmosphérique sombre et solennelle infusée de textures ambient, de dissonances électriques et d’un piano plus ou moins dramaturgique (Ruins) ou libertaire (Sometimes The Sun Doesn’t Want To Be Photographed) au second plan, Euan McMeeken (Glacis) et Matthew Collings lâchent les sonorités jazzy qui émaillaient leur premier opus Our Sound Is Our Wound au profit d’une dynamique plus marquée dont la tension constante et toute en retenue, avec ses accents quai martiaux voire tribaux, déploie une intensité plus proche de la transe que du classique crescendo post-rock. Une approche qui doit sans doute beaucoup à leur background électronique et drone et ne manquera pas de faire penser à Radiohead sur certains titres tels qu’Exit Ghosts ou Death Rattle, le mimétisme du chant anxieux de McMeekeen aidant.
Épaulés ici et la par leurs compères Ben Chatwin (Talvihorros) et William Ryan Fritch (Vieo Abiungo), la paire a encore du chemin à faire pour égaler les sorties de Collings en solo (cf. l’impressionnant Silence Is A Rhythm Too que vous ne manquerez pas de retrouver dans certains de nos classements de fin d’année), mais au regard des contraintes que se fixent ici les deux Écossais en terme de songwriting mélodique et accessible, ces chansons fantasmagoriques et angoissées sont assurément sur la bonne voie.

(Rabbit)


10. Old Man Gloom - The Ape Of God 1

"Si les ambitions pseudo-subversives d’Aaron Turner laissent quelque peu à désirer, ça n’est heureusement pas le cas de son ambition musicale avec ce diptyque inscrit dans la continuité du fracassant NO.
Sur The Ape Of God version 1 (comme on l’appellera faute de mieux puisqu’il ne s’agit pas des deux faces d’une double galette mais bien de deux œuvres parfaitement indépendantes), on retrouve donc l’alternance de plages noise ambient et de gros laminages vénères à la croisée du sludge et du hardcore, lesquels n’oublient jamais de s’imprégner de ces atmosphères de purgatoire encadrant chaque morceau, des larsens lancinants et autres chœurs de damnés à la Penderecki qui ouvrent et referment Promise au bruit blanc fantomatique d’où émerge la saillie punk enragée de Never Enter.
Les riffs funestes et beuglantes grunt de Shoulder Meat sont ainsi balayés par les bourrasques doom d’un final de désolation, tandis que les intrigantes liturgies vocales de Simia Dei irradient depuis la tourmente d’un crescendo post-metal inhabituellement concis, et c’est finalement l’enfer tout entier qui semble se déverser sur After You’re Dead pour mieux vagir dans un chaos à peine organisé cette lente agonie qui attend de toute éternité les singes de Dieu - autrement dit nous autres."

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(Rabbit)


Les choix des rédacteurs



- Elnorton :

1. Jessica93 - Rise
2. Damien Rice - My Favourite Faded Fantasy
3. We Are Ghosts - Miami - Original Motion Picture Soundtrack
4. Tiny Feet - Silent
5. Jim Noir - Finnish Line
6. Sylvie Simmons - Sylvie
7. Graveyard Tapes - White Rooms
8. Ill Clinton - A M B A P
9. Singapore Sling - The Towers Of Foronicity
10. Óbó - Innhverfi

- Le Crapaud :

1. Deerhoof - La Isla Bonita
2. Centenaire - Somewhere Safe
3. SNaP - Bras
4. American Heritage - Prolapse
5. Serengeti - Kenny Dennis III
6. DREDi - The Stimulus Package
7. EZ3kiel - Lux
8. Mammifer - Statu Nascendi
9. Old Man Gloom - The Ape Of God 1
10. Andrea Belfi - Natura Morta

- nono :

1. 11 Paranoias - Stealing Fire From Heaven
2. American Heritage - Prolapse
3. Mamiffer - Statu Nascendi
4. Blow Out - Drifting Way Out Between Us
5. Loscil - Sea Island
6. Old Man Gloom - The Ape Of God 1 & 2
7. Sloath - Deep Mountain

- Papâ San :

1. Loscil - Sea Island
2. Lawrence English & Stephen Vitiello - Fable
3. Damien Rice - My Favourite Faded Fantasy
4. Erik Truffaz & Murcof - Being Human Being
5. Mamiffer - Statu Nascendi
6. Neel - Phobos
7. Óbó - Innhverfi
8. Clark - Clark

- Rabbit :

1. Vladislav Delay - Visa
2. Lawrence English + Stephen Vitiello - Fable
3. Old Man Gloom - The Ape Of God 1
4. Northumbria - Bring Down The Sky
5. Loscil - Sea Island
6. DREDi - The Stimulus Package
7. Damien Rice - My Favourite Faded Fantasy
8. Andrea Belfi - Natura Morta
9. Monotrio / Synthetic Silence - Opportunity
10. Cezary Gapik - Sketches

- Riton :

1. Tujiko Noriko - My Ghost Comes Back
2. Liesa Van Der Aa - Woth
3. Graveyard Tapes - White Rooms
4. DEFCE - Surface Tension
4. Andrea Belfi - Natura Morta
5. Mammifer - Statu Nascendi
6. Loscil - Sea Island
7. Full Of Hell & Merzbow - Full Of Hell & Merzbow
8. Vladislav Delay - Visa
9. Tomaga - Futura Grotesk

- Spoutnik :

1. DREDi - The Stimulus Package
2. Pruven - Wordplay Sensei
3. Serengeti - Kenny Dennis III
4. Matt Granpap - Homesick.
5. uMaNg - The Black Rose Certificate
6. A Band Of Buriers - Four Songs
7. Hail Mary Mallon (Aesop Rock & Rob Sonic) - Bestiary
8. V8 - The Hello​.​L​.​A. Blue Light Special
9. Hassaan Mackey & Kev Brown - That Grit
10. Strange_U - Aliens In Suits



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


jeudi 15 novembre 2018


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