De la covariance négative entre la courbe du Cac et la richesse de l’année musicale.

Avec la crise économique et la récession qui va s’ensuivre, on n’a pas vécu que des jours ensoleillés en 2008. Pourtant, à l’heure des dépôts de bilan, on se rend compte qu’on a été gâté. Entre découvertes heureuses, confirmations attendues et retours aussi foudroyants qu’improbables, on s’est régalés, nous, à Indie Rock Mag. De la covariance négative entre la courbe du Cac et la richesse de l’année musicale. CQFD.

Certains, parmi les éminents spécialistes de notre paysage musical, aiment à nous faire croire que les années 2000 sont vides et que 2008, comme 2007 et certainement 2009, n’a fait que sonner un peu plus le glas d’une supposée grande période passée. Loin de moi l’idée de vouloir froisser des journalistes nostalgiques, mais je suis quand même obligé de m’opposer à cette vision réactionnaire et décadente.

2008, c’est Internet, des centaines de groupes à portée de clic, des nouveaux modes de diffusion qui font voler en éclat la logique cadenassée des grandes maisons de disques. 2008, c’est aussi la crise, du disque celle-là, qui redistribue les cartes et donne une importance retrouvée à la scène. 2008, c’est le résultat de cinquante ans d’hybridation sur la pop, le carrefour entre les nombreuses ramifications qui ont su se créer à travers les décennies, un carrefour qui nous emmène parfois bien loin des paysages de l’Indie-rock.

Casablancas a aimé 2008. Et vous savez quoi ? Casablancas est un peu médium sur les bords, il a sorti la boule de cristal et on lui a dit que 2009 risque d’être encore meilleur. Il veut bien mais il ose à peine y croire.


Top Albums 2008


1. Of Montreal - Skeletal Lamping

Un an à peine après la sortie du fantasmagorique Hissing Fauna, Are You the Destroyer ?, le groupe d’Athens remet le couvert dans un disque encore plus fou, déconstruit et irrésistible. Véritables héros indie, loosers sympathiques et décalés qui ont connu le succès sans le demander, Of Montreal se retrouve là où il aurait toujours dû être. Derrière un concept fumeux et aidé par des prestations scéniques à sa (dé)mesure, ce douzième album triomphant, un peu potache et merveilleusement génial ne pouvait être rien d’autre que le meilleur disque de cette année. Avec Skeletal Lamping, la bande à Kevin Barnes, leader fou et despote absolu, signe 15 vignettes géniales qui s’assemblent au sein du plus grand kaléidoscope pop de 2008.

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2. Why ? - Alopecia

Après Elephant Eyelash, grand disque pop hybride, on attendait Why ? au tournant. Le groupe phare d’Anticon prouve avec ce troisième album tendu aux ambiances malsaines, aux antipodes de ce que pouvait laisser espérer sa pochette bigarrée, qu’il est l’un des plus géniaux alchimistes de ces dernières années. Ne reniant pas complètement leurs grandes œuvres pop-psyché passées (Crushed Bones, Rubber Traits, Sanddollars), les américains s’offrent même un grand tube aux allures radiophoniques pour la postérité (Fatalist Palmistry) au milieu de singles noirs qui rayonnent toujours sur 2008 (The Hollows, These Few Presidents, Good Friday). Indispensable.

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3. Fuck Buttons - Street Horrrsing

Des beats concassés à la Autechre, des ambiances voilées qui doivent tant à Massive Attack et des guitares sursaturées qui ont écouté Jesus & Mary Chain trop longtemps. Voilà à quoi ressemble ce trip insensé qui, précédé d’une hype énorme et d’un intense travail de lobbying sur notre forum par certains membres, aura fini par décrocher une tardive place sur mon podium. Constamment en équilibre, Street Horrrsing et ses rythmiques itératives fascinantes est le plus brillant premier album de 2008.

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4. Mgmt - Oracular Spectacular

Annoncé par une pluie de singles éternels (Time to Pretend, Kids), Oracular Spectacular aura finalement résisté à la hype et passé l’automne. Découvert en première partie d’Of Montreal l’an dernier, le duo américain aura finalement conquis la France à la force d’un plan marketing béton et d’un premier album fabuleux aidé par la production généreuse - parfois un peu trop d’ailleurs - de Dave Fridmann, l’homme derrière les deux derniers Sparklehorse. Les réminiscences eighties se croisent avec un clone de David Bowie acidulé et des ambiances futuristes pour une constellation de comptines tubesques en diable.

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5. Tv on the Radio - Dear Science,

Inattaquable et perché tout là-haut dans le ciel depuis le souffle meurtrier de Return to Cookie Mountain en 2006, le quintette de Brooklyn résume la quintessence de son œuvre parfaite dans cette ode à la science stupéfiante de concision, de profondeur et de richesse. La pop de Tv on the Radio est résolument cosmopolite et novatrice dans sa capacité à multiplier les genres sans rien perdre de son homogénéité. Les magnétiseurs de Brooklyn sont maintenant durablement satellisés parmi les fers de lance de la scène indie actuelle. Dear Science, n’est rien d’autre qu’une formidable réponse à tous ceux qui les voyaient déjà mort après avoir atteint un point de non-retour.

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6. Library Tapes - A Summer Beneath The Trees

Sans prévenir a surgi, en plein mois de novembre, ce parfait disque d’hiver intimiste et généreux. Conte féérique caché par la neige et le vent, A Summer Beneath the Trees est une longue ode au silence jouée par un piano solitaire qui dialogue avec lui-même. Cette histoire en noir et blanc nous est contée par un jeune suédois salement doué pour nous faire apparaitre les grandes étendues scandinaves telles que l’on les as toujours fantasmées. Nécessaire pour passer l’hiver, cet album que l’on feuillète comme un vieux livre aux couleurs délavées et aux pages craquantes est intime et précieux. Merci.


7. Bang Gang - Ghosts From the Past

Coincé depuis 2003 dans le blizzard islandais, Bardi Johansson s’en est extirpé au meilleur moment pour livrer ce grand disque verglacé, tout en mélodies sublimement fracassées et mélancolie hivernale. Aiguillé dans la brume par les français Anthony Gonzalez (M83) et Keren Ann, le gourou islandais navigue toujours en eaux troubles, les seules capables de faire resplendir la beauté chronique de sa musique polaire.

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8. Autechre - Quaristice

Autechre une nouvelle fois meilleur représentant de Warp, dans cette année qui a consacré le label anglais. Ça pour une surprise.... Mais qui d’autre que le merveilleux génie abstrait du duo anglais pouvait synthétiser les raisons qui font de la géante rouge la plus merveilleuse usine à rêve des années 2000 ? Au sommet de leur art, sur un format totalement inédit de 20 titres, Sean Booth et Rob Brown résument des décennies d’abstraction et d’expérimentations finalement bien plus touchantes qu’élitistes. En renouvelant sa musique, la rendant plus accessible que jamais depuis l’ambient tendue d’ Incunabula et Amber, Autechre confirme qu’il est bien l’un des groupes les plus importants de la musique actuelle.

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9. The Notwist - The Devil, You + Me

Avec Neon Golden, The Notwist signaient en 2002 le plus brillant disque d’électro-pop des années 2000. Attendu comme le messie, le 5e disque des allemands soulevait quelques inquiétudes quant à sa capacité a survivre à un tel chef d’œuvre. Quelques doutes vite balayés par 11 morceaux sonnant comme autant d’évidences soufflées sans prévenir sur 2008. Le trio s’offre en prime le plus beau single de l’année, le parfait Where in This World, symptomatique de leur qualité unique pour manier mélodies cristallines et arrangements magnétiques et inquiétants. Comme une symphonie du triomphe modeste.


10. Borko - Celebrating Life

On ne sait pas trop comment ce disque nous est parvenu. Banquet sonore plein de cuivres, heureux et mélancolique à la fois, pictural et en mouvement, Celebrating Life est un voyage singulier et assez unique. Une ode à la vie, certes, mais aussi au do it yourself, tant cet album, par sa pochette hideuse et ses clips sent l’amateurisme. Concocté depuis près de 5 ans dans le froid de Reykjavik, ce premier disque d’une anti-pop star absolue, est le vainqueur de la "musique d’en bas" avec tout ce que cela comporte. Bravo !

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Les bilans de fin d’année c’est toujours prétentieux, égocentrique et le plus souvent totalement inutile. Un top 10 aurait largement suffi dans cette entreprise narcissique, mais pourtant quitte à se lancer, autant faire les choses bien. Et puisque de toute façon, 2008 vaut bien mieux que 10 disques, bien trop réducteur pour rendre justice à cette année fabuleuse, vous avez droit aux 40 suivants et 5 Ep fabuleux. Eh oui, on est comme ça chez Indierockmag, on fait les choses en grand ou on ne les fait pas du tout.

11. Squarepusher - Just a Souvenir
12. Sigur Rós - Með suð í eyrum við spilum endalaust
13. Flying Lotus - Los Angeles
14. Dead Letters Spell Out Dead Words - Lost in Reflections
15. Baltic Fleet - Baltic Fleet
16. Crëvecoeur - II
17. Destroyer - Trouble in Dreams
18. The Magnetic Fields - Distorsion
19. Goldfrapp - Seventh Tree
20. Envelopes - Here Comes the Wind

21. Cat Power - Jukebox
22. Atlas Sound - Let the Blind Lead Those Who Can See But Cannot Feel
23. Orouni - Jump Out the Window
24. A Place to Bury Strangers - A Place to Bury Strangers
25. Vic Chesnutt, Elf Power & The Amorphous Strums - Dark Developments
26. Beck - Modern Guilt
27. Parkside - Cables
28. Fleet Foxes - Fleet Foxes
29. Portishead - Third
30. Deerhunter - Microcastle

31. Okkervil River - The Stand Ins
32. Shearwater - Rook
33. Tobacco - Fucked Up Friends
34. Department of Eagles - In Ear Park
35. Matt Elliott - Howling Songs
36. Kieran Hebden & Steve Reid - NYC
37. A Silver Mt. Zion - 13 Blues For Thirteen Moons
38. Giant Sand - proVISIONS
39. M83 - Saturdays=Youth
40. The Last Shadow Puppets - The Age of the Understatement

41. Elf Power - In a Cave
42. Black Mountain - In the Future
43. The Streets - Everything is Borrowed

44. Leila - Blood, Looms & Blooms
45. The Black Angels - Directions to See a Ghost
46. Tindersticks - The Hungry Saw
47. Girls In Hawaii - Plan Your Escape
48. Jonny Greenwood - There Will Be Blood
49. Sole - Desert Eagle Vol. 1
50. The Kills - Midnight Boom


Top Ep 2008


En première place, les vétérans psychédéliques de Brooklyn qui, juste après un scotchant Strawberry Jam et dans l’attente insoutenable de leur prochain Merriweather Post Pavilion à paraitre en janvier, nous ont gratifiés d’un inoubliable Water Curses, synthèse parfaite de la pop des années 2000 emmenée par un inoubliable single éponyme. Dans un autre registre, on retrouve les folkeux de Seattle Fleet Foxes finalement bien plus digestes sur un court format, Another World en attendant le troisième album d’Antony & the Johnsons, les parisiens de (Please) Don’t Blame Mexico que l’on prendra plaisir à retrouver sur grand format et la toujours sublime Cat Power, un peu gauche et hésitante mais toujours aussi touchante de sincérité dans un complément à son Jukebox sorti en janvier.

1. Animal Collective - Water Curses
2. Fleet Foxes - Sun Giant
3. Antony & the Johnsons - Another World
4. (Please) Don’t Blame Mexico - Carolina Now !
5. Cat Power - Dark End of the Street


See you next year !



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lundi 11 novembre 2019


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