L’horizon 2018 de Rabbit - cent albums : #30 à #21

On ne va pas se mentir, l’exercice est toujours difficile, surtout quand on écoute 800 albums par an déjà triés sur le volet. Mais chaque année, ça se complique encore un peu... de fil en aiguille, d’une connexion à l’autre, de labels sortis de l’ombre en artistes émergents, les découvertes nous submergent et de nouveaux horizons s’ouvrent à nous, sans pour autant éclipser les précédents. Rien d’exhaustif donc dans la liste qui suit, pas même au regard de ma propre subjectivité, qui souffre déjà de tant de grands disques laissés de côté...




- Part I : #100 à #91
- Part II : #90 à #81
- Part III : #80 à #71
- Part IV : #70 à #61
- Part V : #60 à #51
- Part VI : #50 à #41
- Part VII : #40 à #31



30. Vitor Joaquim - Impermanence / HAN - Tuning the Invisible (Autoproductions)

"Vitor Joaquim donne enfin suite à proprement parler au superbe Geography de 2016 via deux projets distincts, complémentaires et subtilement divergents.
D’un côté il y a Impermanence, album solo où l’abstraction pulsée des textures microsoniques chères à l’ex tête de gondole du label ukrainien Kvitnu (cf. le chef-d’œuvre Filament), faites de glitchs et autres zébrures électro-acoustiques parfois tempétueuses (Suffering and Detachment), embrasse le lyrisme d’un drone ascensionnel en constante mutation (Gratitude and Contentment) dont les différents titres s’imbriquent et naissent les uns des autres comme cette extase qui nous glisse entre les doigts de par notre inhabilité à vivre dans l’instant. Un bijou, qui culmine sur les presque 14 minutes de dub-ambient aux idiophones et carillons feutrés de Desire.
Quant au premier album de HAN, collaboration avec son compatriote Emidio Buchinho (guitare, voix), il voit le Portugais manier orgue, trompette et guitare électrique en plus de ses machines et se nourrir des interventions improvisées de trois musiciens aux cordes frottées et synthés pour déployer un univers nettement plus dissonant et hanté. Qu’ils soient minimalistes et déglingués (Transitory, ou le saturé Bliss) ou plus fouisseurs et foisonnants (les 10 minutes arpégées et glitchées d’un Melancholia ou le violoneux Tristesse et Beauté), les morceaux de Tuning the Invisible ne cherchent plus vraiment à matérialiser une philosophie ou des sensations mais bien une humeur, un vague à l’âme qui écartèle entre résignation devant les éléments (le bluesy Lament) et résistance désespérée."


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29. Homeboy Sandman & Edan - Humble Pi (Stones Throw)

"La tarte est fameuse, on l’aurait aimée plus copieuse, mais pour un retour aux fourneaux du génial Edan 13 ans après son chef-d’œuvre de hip-hop psychédélique aux effluves vintage Beauty and the Beat, que demander de plus ?
Accoquiné avec Homeboy Sandman, cousin de flow capable du même genre de diatribes jouissives et décalées sur le tube #NeverUseTheInternetAgain, Edan produit l’ensemble et lâche quelques versets au détachement bienvenu, via le back & forth de l’hypnotique Rock & Roll Indian Dance qui fait écho à ses échanges avec Insight sur l’épique Funky Voltron, ou sur un The Gut baroque à souhait. Les deux ricains se sont bien trouvés, en observateurs un peu branleurs de notre humanité déchue à travers le prisme aquatique et drogué d’une piscine remplie de LSD.
Il y a ainsi les tranches de vie urbaines de Grim Seasons, le darwinisme à rebours du final Evolution of (sand)Man, nos ambitions tuées dans l’œuf par l’inertie du quotidien sur le folky That Moment When... et la vie par procuration des accrocs aux réseaux sociaux et aux achats en ligne donc, internet ce fléau que les compères tentent d’éliminer à la source dans le clip de #NeverUseTheInternetAgain, typique d’Edan.
Un petit classique instantané à écouter en boucle, à défaut de pouvoir en entendre davantage de la part des deux cuistots qui on l’espère se seront suffisamment pris au jeu pour vite remettre le couvert !"


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28. Crowhurst - Break Their Spirit (Autoproduction)

"Depuis la transformation de son projet solo harsh noise en hydre black metal et doom sur l’impressionnant éponyme Crowhurst de 2015 auquel avait fait suite l’excellent II un an plus tard, Jay Gambit s’était fait rare. Le retour au bruitisme cauchemardé de ce Break Their Spirit sera-t-il l’occasion pour l’Américain désormais basé à Philadelphie de sortir de sa réserve ?
L’avenir seul nous le dira [il a d’ailleurs publié depuis ce split incandescent avec l’excellent Gnaw Their Tongues que vous retrouverez plus avant dans ce bilan pour une tout autre sortie], mais ce qui est certain c’est que cet aspect monolithique et barbelé de l’univers du musicien nous avait manqué, et que des déferlantes infernales du morceau-titre aux déflagrations abrasives du final Just Say No en passant par la corrosion malfaisante du rampant Eyes Down et de l’insidieux Tell Them What You Want Them To Hear, ce florilège de radiations caustiques et d’abîmes de bruit blanc aux connotations féministes de rigueur (du moins à en croire le thème qui ressort des noms des morceaux) est juste ce qu’il nous fallait pour ressasser notre mal-être ambiant."


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27. Domiziano Maselli - Ashes (Opal Tapes)

Inclusion de dernière minute dans le présent bilan et véritable claque de première écoute dont l’impact ne semble pas s’amenuiser depuis, ce premier album du Milanais télescope synthés dronesques, cordes baroques plus ou moins manipulées, samples détériorés et vocalises féminines allant du susurrement (Ceneri I) aux chœurs réminiscents de la musique sacrée (Ceneri II), évoquant aussi bien l’ampleur mouvante de Valgeir Sigurðsson que les liturgies texturées de Jacaszek ou les séismes digitaux de Roly Porter ou du Tim Hecker de la grande époque (Remains). Des reflux de bruit blanc vacillants y côtoient ainsi les résurgences mélodiques des arrangements et autres boucles d’instruments acoustiques (From The Void) voire même quelques pulsations organiques (Breathlessness), symbolisant la déréliction et la renaissance qu’incarnent le titre de l’album et les noms de morceaux tels que The Fall And The Rise. Ashes est un disque à cheval entre deux univers (l’électro-acoustique tendance modern classical et le drone), entre deux époques (la musique baroque et l’expérimentation contemporaine), entre deux humeurs (exaltation et mélancolie), entre grandeur et décadence, lyrisme et économie de moyens, ombre et lumière... un album de paradoxes et d’émotions contradictoires en somme, savant dans sa confection et pourtant viscéral comme pas permis dans son retentissement sur les corps et les cœurs, y compris dans ses moments les plus délicats tels que le violoneux The Fall d’une tristesse insondable ou l’élégiaque About Light où drones vaporeux et arabesques vocales éthérées dialoguent avec un piano affligé.



26. Ana da Silva & Phew - Island (Shouting Out Loud !) / Phew - Voice Hardcore (Mesh-Key Records)

"Les pulsations froides et boucles glitchées de mantras scandés en japonais du morceau-titre donnent le ton, et des lacérations digitalo-tribales de Strong Winds au magnétisme drone grouillant de The Fear Song en passant par le chamanisme aquatique et noisy de Conversation et Konnichiwa !, la dub-techno hantée de Bom Tempo subtilement déstructurée à coups de collages baroques et autres percussions manipulées ou la kosmische musik oppressante de Stay Away, l’humeur de ces dames est à l’abstraction la plus malaisante et désincarnée sur Island. S’il est difficile de savoir qui fait quoi sur cette première collaboration entre ces deux figures mythiques d’un punk atypique au féminin dont les débuts discographiques remontent à cette même année 79 (au sein des Raincoats pour Ana Da Silva et du combo Aunt Sally pour Hiromi Moritani), l’album s’inscrit clairement dans la lignée des récents sommets de la Japonaise, à la croisée de la tension hypnotique et droguée de Light Sleep, marqué par son background krautrock au côté de Can notamment (ou de Dieter Moebius de Cluster via leur défunt Project Undark) et du plus ambient et spectral Voice Hardcore de janvier dernier, chef-d’œuvre ardu et malaisant mais nettement moins rythmique car entièrement dédié aux voix qui culmine quant à lui sur la chorale d’âmes damnées de White Lounge, So Bright, irrésistible appel de l’au-delà dont les chants de sirènes aux visages spectraux vous happeront comme un vortex de lumière noire jusqu’à la fatale combustion spontanée."


< lire la chronique dIsland > < lire la chronique de Voice Hardcore >



25. Wizards Tell Lies - Bad Nature (Muteant Sounds) / Brothers, She Is Already Here (w/ Lenina) (Herhalen)

"Le Britannique Matthew Bower nous revient en mode full nightmare avec un Bad Nature malsain à souhait dont le venin se propage de riffs doomesques et distos harsh (Squirm, Candiru) en radiations ténébreuses et martèlements martiaux (Raven Not Crow Kaw, Cowbane Delirium). Caractéristiques de ce nouvel opus, une batterie pesante dont chaque frappe sonne comme une implosion dans le cortex et un certain minimalisme des instrumentaux semi-improvisés contrastant avec la densité des textures qui les phagocytent peu à peu, mais aussi quelques attaques frontales comme sur Loris Toxin avec sa rythmique presque drum’n’bass ou le punk des enfers du laconique et vénère Ponies Bite." Un cauchemar qui se poursuit sur Brothers, She Is Already Here, split avec Lenina aka le taulier du label écossais Herhalen où WTL, entre deux crescendos harsh noise anxiogènes et viciés de son compère, convoque les dissonances du violoncelliste Simon McCorry (l’abîme dark ambient irradié de No I To No So) et les bourdonnements d’un millier d’hyménoptères faits d’échardes drone-doom et d’antimatière (In the Hive of the Lies Mind) avant d’en terminer sur le punk de damnés de l’étouffant Rip Obsolete. Tout aussi indispensable en somme, je l’avais même chroniqué en anglais par ici !


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24. Two Left Ears - Mélodies Bourgeons/Fourrure Musique (& Tuning Tambours) (Laybell)

"Fort de ses parenthèses en tant qu’Extra Pekoe ou à la tête du quintette polyrythmique aux humeurs plus dark The Barfly Drummers, le bidouilleur parisien Mathieu Adamski et son compère contrebassiste Mathieu Deprez synthétisent le meilleur des serpentins glitch organiques d’un Lazy Trace qui n’a pas pris une ride, des projets sus-mentionnés et des samples orchestraux baroques de *divAAAtion* qui viennent ainsi interférer avec les distorsions et les pulsations décadrées du stellaire A Bunch Of Mermaids On Mustangs, l’inimitable Mike Ladd entendu sur le Air Balloons Also Rise d’Extra Pekoe invitant quant à lui son flow insidieux sur le déliquescent Rio Ragoût [They !They !?!] aux syncopations percussives et fantomatiques dignes du meilleur de Flying Lotus. Entre-temps, le single Cul-De-Jatte Ballerine explore le groove à danser sur la tête d’une wonky aquatique et vaguement jazzy faite de bric et de broc, tandis que les concassages rythmiques rétro-futuristes et abrasifs du bien-nommé Noisy (Talky) Jacquie font le lien entre les fantasmagories martiales des Barfly Drummers et l’influence hip-hop d’Extra Pekoe sur fond de triturages vocaux hypnotiques et planants, pour se liquéfier dans l’éther d’une seconde partie étonnamment mélancolique. Un nouvel ovni à la mesure de son titre en somme : surréaliste et collagiste, agité du bocal et pourtant physiquement stimulant, tel un chaînon manquant entre deux des formations les plus regrettées des années 2000, Depth Affect et The Books."


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23. Autechre - NTS Sessions (Warp)

Radicalement inchronicables du haut de leurs quatre galettes de deux heures chacune, ces sessions enregistrées en résidence pour la radio londonienne NTS voient Rob Brown et Sean Booth coucher sur sillons quelques-unes de leurs expéditions soniques les plus atmosphériques et ardues, une bonne demi-douzaine de morceaux avoisinant ou dépassant les 20 minutes tandis que la toute dernière pièce de la Session 4, all end, consiste en une heure d’ascension solaire au gré des courants de hiss et de drones délicats. On pourrait essayer de caricaturer et présenter la Session 1 comme le volume le plus abstrait, voir en la Session 2 un sommet organique et déstructuré, saluer le retour de la Session 3 au futurisme et aux rythmiques alambiquées pour finir sur une Session 4 plus immersive et éthérée. Et c’est vrai qu’il y a un peu de ça, mais bien imprudent serait celui qui prétendrait pouvoir compartimenter ou résumer ce nouveau chef-d’œuvre protéiforme avant d’en avoir exploré encore et encore les milles recoins géométriques et mutants.



22. Gemini Sisters - Gemini Sisters (Psychic Troubles Tapes) / Matt Christensen - Gratitude (Autoproduction)

"Une citation du poète métaphysique René Daumal éclaire sur l’idée centrale qui sous-tend les 6 compositions abstraites et hypnotiques pour manipulations guitaristiques, arpeggiators de synthés analogiques, percussions étouffées et drones hachurés de Gratitude, dont Salt, avec ses cascades frémissantes d’arpèges non identifiés, est la quintessence paradoxalement somatique et désincarnée à la fois. Des synthés ténébreux et percussions crissantes du pointilliste Buffalo au crescendo vers la lumière du final Untitled Witness, un cheminement de retour à la vie justifierait-il la gratitude du titre, et aurait-il qui sait quelque chose à voir avec une Beautitul Baby Girl, celle qui, née sous le signe des Gémeaux le même jour et la même année que la fille de John Kolodij aka High Aura’d, avait justement inspiré le projet Gemini Sisters ? Voilà qui expliquerait l’atmosphère amniotique du morceau Adult Diary, zébré d’itérations analogiques semi-aléatoires, étranges sonorités à mi-chemin de l’arpège et du glitch, de la rythmique déstructurée et de l’esquisse mélodique au seuil de l’atonalité." Quant à cet éponyme de Gemini Sisters, assurément la plus belle réussite du leader de Zelienople cette année, il explore une post-folk tour à tour mystique et cosmique, entre arpèges hallucinés et progressions saturées, le chant éthéré de Christensen flottant gracilement dans les interstices amples et stratosphériques de ce que l’on pourrait décrire comme un croisement entre Flying Saucer Attack et un Talk Talk élevé au rock psychédélique.


< lire la chronique de Gratitude >



21. Funki Porcini - The Mulberry Files (Autoproduction)

"Dans la continuité des aventures atmosphériques et mélangeuses de Conservative Apocalypse ou One Day, Funki Porcini insuffle à nouveau mystère et cinématographie dans ses instrumentaux désormais à la croisée de l’ambient et de l’électronica downtempo (le morceau-titre, évoquant sur fond de beats syncopés la BO fantasmée d’un film d’espionnage dans le milieu du luxe européen). Résultat : un nouveau chef-d’œuvre d’onirisme à la tension feutrée, intrigant jusque dans ses passages les plus délicats et faussement sereins (cf. la mélodie de piano de Postcard From Poland, à laquelle nappes d’harmonies fantomatiques et basses fréquences discrètement plombées confèrent une dimension proprement inquiétante).
Dès Postcard From Russia avec ses rythmiques d’n’b liquéfiées et ses va-et-vient de nappes impressionnistes aux denses vapeurs électroniques, on renoue également avec la facette la plus rêveuse voire confortablement léthargique de James Bradell (celle qu’inaugura Fast Asleep en 2002), ex génie de l’ombre du label Ninja Tune aujourd’hui tristement ignoré des médias. Qu’importe, c’est un bonheur de tous les instants de retrouver l’auteur de l’indépassable Love, Pussycats & Carwrecks une fois tous les deux ans avec de tels bijoux intemporels."


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To be continued...



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samedi 20 avril 2019


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