L’horizon 2018 de Rabbit - soixante EPs : #30 à #1

On les oublie souvent, ces courts-formats qui ont pourtant tellement à dire et n’ont parfois rien à envier en terme d’immersion et de fascination à leurs cousins plus étoffés, le supplément d’audace en plus. En témoigne ce cru 2018 assez exceptionnel du côté des EPs qui aurait pu sans rougir mériter une centaine d’entrées, si ce n’était le manque de temps avec le Sulfure Festival qui se prépare (on compte d’ailleurs sur vous pour les préventes jusqu’au 2 février).




- Part I : #60 à #31



30. Thou - The House Primordial (Raw Sugar Records)

"Au programme de The House Primordial des Louisianais, 10 titres malsains et marécageux allant du presque dark ambient de Wisdom in the Open Air et Corruption and Mortal Trauma au doom crade et larsenisant de Psychic Dominance ou Malignant Horror avec leur grunt suintant la frustration, en passant par le sludge en déréliction de l’impressionnant Diaphonous Shift, les progressions insidieuses de Premonition, le pur harsh de Prideful Dementia and Impulsive Mayhem et du final d’Occulting Light ou encore la mystique tribale des enfers de Birthright. Très noir, très désespéré et surtout très, très bon."

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29. Epic Beard Men - Season 1 (Strange Famous Records)

Les deux colosses à la barbe drue du label Strange Famous alignent les tubes pour le fun (sur des productions de Buck 65, feu Alias ou notre Parasite national, entre autres) sur cet EP tellement plein de bonus qu’il en deviendrait presque un album - d’autant qu’au côté de l’indépassable DIYMFS et de son groove épique façon blaxploitation, du décontracté Not Ur Uber aux scratches tourbillonnants et du trip-hop macho de Two Different Worlds, c’est justement l’un de ces extras qui emporte l’adhésion, l’électrisant You Can’t Win avec sa soul azimutée.



28. Damien - Diagnosis (I Had An Accident)

Pour sa dernière cassette en date, le taulier d’IHAA balance deux nouvelles suites de drumming acéré aux textures irradiées, pétries de tension cinématographique et de noirceur fantasmagorique mais pourtant émaillées d’enclaves presque méditatives, surtout en face B dont l’entame au piano jazzy laisse place après un break abstract quelque peu anxiogène à un final aux pianotages et synthés insidieusement infusés de fatalisme et de mélancolie. Grand !



27. Miyamigo - Afterhours (Autoproduction)

"Le beatmaker d’Akron, Ohio donne libre cours sur cette nouvelle sortie à sa passion pour un jazz gondolé par le passage des ans, samplant piano romantique (Chamber, Paladin), vocalises mélancoliques (Too Late) et orchestrations soulful des 70s qu’il frotte aux beats syncopés de son boom bap atmosphérique et lo-fi et à quelques claviers plus anachroniques (Descent). Des cuts à la J Dilla du féérique Guess U aux loops cristallins du bien-nommé To Dreams en passant par la saudade d’un Breezy entre bossa et easy-listening désarmant, les miniatures rétro dAfterhours évoquent ces rêveries éveillées où l’on ressasse, sous l’influence d’un verre de trop, nos romances, nos regrets et nos échecs sentimentaux, pas tant pour oublier que pour continuer d’espérer."

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26. Brandon Locher - EP1 (Hush Hush Records)

"Première sortie solo de Brandon Locher (Stage Hands, The Meets), EP1 témoigne dès l’emballant Medium Frequency, avec sa musique de chambre kosmische et carillonnante que vient zébrer de dissonances cacochymes un drôle de saxo abstrait, d’un goût pour les mélanges aussi improbables qu’exaltants et hauts en couleur."

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25. Containor - ASSHOLE (Hathenter)

"Sorti en catimini sur le "non-label" new-yorkais de Colin Marston, Hathenter (nommé d’après le duo qu’il forme avec Mick Barr son compère de Krallice), ce premier EP de Containor est un machin post-moderne de drummer fou sur fond de grouillements d’effets et de synthés irradiés, comme si on avait fait jouer la section rythmique d’un album black metal par un batteur de free jazz en roue libre et qu’un descendant dégénéré de John Zorn et Klaus Schulze en avait badigeonné le squelette de nappes ténébreuses, de tournoiements kosmische, d’échardes noise et de guitares déstructurées." Résultat : une "fausse bouillie sonique assez génialement déglinguée."

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24. Luke Sick & Damien - Strike the Clutch (I Had An Accident)

Le même Damien dont je parlais plus haut va chercher le MC de Grand Invincible et Sacred Hoop pour cette bien trop courte collaboration sur son label I Had An Accident. Du hip-hop aussi vrai que nature, tant du côté des drums bruts de décoffrage du patron que du rap authentique de Luke Sick dont les cauchemars ancrés dans le quotidien répondent aux fantasmagories des manipulations électroniques (Dr. Charles Nichols), des synthés et claviers horrifiques (Nightmare) et autres incursions free jazz de son complice (Fake Happy).



23. Clark - E.C.S.T. T.R.A.X. (Throttle Records)

"Ce deux-titres pourrait être indigeste mais s’avère finalement digne cousin maximaliste des crossovers arpégés des dernières sorties d’Oval en plus épileptique et emphatique, évoquant de loin la dramaturgie des soundtracks dont l’Anglais est friand, surtout sur l’impressionnant Harpsichord E.C.S.T. où d’imposants renflements texturées, d’étranges onomatopées et autres beats rebondissants jouent au chat et à la sourie près de 7 minutes durant avec les fiévreuses cascades mélodiques du clavecin synthétique. Quant à Piano E.C.S.T., plus atmosphérique mais tout aussi sauvagement déconstruit, il sonne autant comme un Amon Tobin circa Foley Room joué par des aliens sous LSD qu’un Aufgang schizo au bord de la crise de foi."

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22. Collapsology - Amazonia (Laybell)

"Collapsology, c’est un duo lillois, soit Benoît des très bons Luminocolor et Loopolabo et Vianney de Laybell, label de ces derniers. Avec son espèce d’electronica 8-bit savamment déstructurée, ce premier EP semble prôner la régression à l’état naturel face à un univers technologique qu’on aimerait parfois voir englouti par les éléments, comme les ruines mésoaméricaines envahies par la végétation sur la pochette de cet Amazonia."

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21. Altrice - thhf ’18 set (Autoproduction)

L’ancien remixeur de Radiohead et Caribou revient avec un EP en forme d’ode à la culture turque et aux contes d’antan avec cette série d’instrumentaux baroques aux loops de cordes et vents traditionnels évoquant par samples interposés la narration d’une histoire à la Charles Perrault de sorcière et d’enfants perdus dans la forêt. Entre électronique aux basses deep et hip-hop instru, l’équilibre est parfait et nous gratifie de la plus belle sortie du beatmaker de Tucson depuis Stem et Fell.



20. Ilia Gorovitz - A Dose Of Uncertainty (Autoproduction)

Ce nouvel EP du bidouilleur en chef d’Hynom (cf. plus bas) qu’IRM et Dcalc invitent au Sulfure Festival le 19 mars prochain en compagnie de thisquietarmy et Haxo (cf. plus bas aussi) voit reculer l’influence du drumming abstract massif et insidieux façon I Had An Accident qui prévalait sur la première sortie de son label Raash Records, Turmoil​/​Simmering With No End, au profit d’un dialogue plus strident, sombre et déstructuré entre électronique et batterie qui nous promet quelques frissons sur la scène du Vent Se Lève !



19. Ivan Shopov & Monolog - Veracity (Subtrakt)

Suite de l’impressionnant Excursion, cet EP associe deux pointures de la drum’n’bass atmosphérique et du dubstep vénère (ou vice-versa), le Danois Mads Lindgren aka Monolog et le Bulgare Ivan Shopov plus connu sous son pseudonyme Balkansky. Veracity alterne pièces presque ambient à l’image de l’impressionniste Grag, du fuligineux Shaders and Faders ou de Stream avec ses field recordings apaisants de ruisseau, ses percussions ballotées par les flots et ses beats downtempo, et passages forcément plus implosifs tels que le doomesque et massif Seppuku, dans un équilibre plus accesible qu’à l’accoutumée sans que l’on y perde au change, cf. le futuriste et parfait Robbos.



18. Haxo - Freitags Variété (Nidali Records)

"Ce premier EP d’Haxo télescope deux types de sonorités qui ne sont pas forcément d’évidents compagnons : les beats électroniques syncopés d’Aurélien, flirtant tantôt avec le dubstep, tantôt avec le breakbeat voire avec les musiques tribales, et la contrebasse de Jeanne. Cette association avait bien fonctionné chez Two Left Ears avec leur glitch-hop baroque et déconstruit, mais ce qui la rend unique ici, c’est la velléité du duo de s’aventurer sur le terrain accidenté d’un dark ambient dronesque et dissonant aux fumerolles industrielles digne de cette pochette où les débris s’empilent dans le paysage inquiétant d’un hangar désaffecté. Fortement conseillé si vous aimez Cut Hands, Nebulo, Sturqen, ce genre de diamants noirs dans une gangue abrasive."

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17. Alva Noto & Ryuichi Sakamoto - Glass (Noton)

Glass est une sortie inhabituelle pour les géniaux auteurs dInsen, filmée et enregistrée live durant une performance donnée pour une exposition dans une musée de verre dans le Connecticut, puisqu’on n’y entend pas plus le piano élégiaque de Sakamoto que les pulsations abstraites d’Alva Noto. Au lieu de ça, 37 minutes d’ambient radiante et fourmillante de blips microsoniques, qu’émaillent drones vaporeux, idiophones cristallins et percussions en écho, y forment la bande-son d’outre-rêve d’un ailleurs aussi cotonneux qu’inquiétant.



16. Les Marquises - Le Tigre de Tasmanie (Microcultures)

"Cette nouvelle collection de morceaux des Marquises, bande originale du court-métrage d’animation Le Tigre de Tasmanie, décline la veine la plus hypnotique et ensorcelante du projet en quatre instrumentaux invoquant une sombre transe des antipodes. Au même titre que The Night Digger, conclusion motorik ténébreuse et tribale initialement parue sur le 8e volet de nos compil Twin Peaks, le morceau éponyme en est la parfaite illustration. Véritable rituel chamanique post-moderne, Le Tigre de Tasmanie se mue à mi-parcours en ambient magnétique, des nappes claires-obscures qui laissent place, au terme de ces 13 minutes, au spleen gothique orgue/flûte d’un final où la guitare, sur fond de batterie assourdie, flirte justement avec les accords rétro aux accents jazzy chers à Angelo Badalamenti. Un régal !"

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15. Engine7 - If the Accident Will (Autoproduction)

Avec l’arrivée de la Londonienne Marie-Claire Lee aux vocalises éthérées, Engine7 s’est mué en duo et le résultat est à la hauteur de nos espérances, entre dream-pop électronique aux arrangements baroques et néo-trip-hop massif et capiteux. Merveilleux, en particulier le final pianistique Sudden Tranquility avec ses boucles évanescentes et nébuleuses au spleen cinématographique, dont les samples radiophoniques évoquent les ambiances oniriques de la grande époque de Boards of Canada.



14. Aphex Twin - Collapse (Warp)

"Meilleure sortie d’AFX depuis son projet Analord, c’est plutôt avec la schizophrénie des morceaux les plus dynamiques du sommet Drukqs que renouent ces instrumentaux aux rythmiques chaotiques et déstructurées sans verser dans l’abscons pour autant, pleines de ruptures de tempo, de beats en caoutchouc rebondissant sous les parois d’un crâne en ébullition, flirtant parfois avec le breakbeat le plus old school voire avec le hip-hop (1st 44) sans se départir de leur dimension résolument tordue et de leurs harmonies de synthés inquiétantes. Le malaisant pthex en particulier retrouve pleinement cet esprit ludique et hanté à la fois, tandis qu’abundance10edit, plus onirique voire mélodique, a quelque chose de l’innocente mélancolie du Richard D. James Album."

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13. Mestizo and The Heavy Twelves - Big Bad Death (Fake Four Inc.)

"Secret le mieux gardé de l’underground rap de Philadelphie, Mestizo médite sur l’angoisse de la mort sur cet EP ténébreux qui l’associe à la nouvelle incarnation du beatmaker californien Egadz. Côté micro, le MC, moitié d’A7pha avec Doseone, n’hésite pas à donner de la voix entre spoken word fantomatique et chant plaintif. Quant à Egadz, dès l’imposant One Shot Kill, son boom bap des bas-fonds claque violemment et ses synthés rampants bourdonnent sans répit, bande-son de purgatoire pour le flow métamorphe d’un rappeur capable de passer des intonations d’un Ghostface Killah à celles d’un Roots Manuva ou d’un Ghostpoet, comme il fera plus tard sur l’hypnotique et funeste Hell Therapy, sommet d’un EP qui semble vouloir ironiser sur l’Au-Delà pour en désamorcer les promesses de damnation."

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12. Strangelove - EP 2 (Autoproduction)

"Sommet d’étrangeté où les soundscapes psyché hantés par des samples vocaux désincarnés (DMT) côtoient les flows plus abstractionnistes que jamais de Freedom, Chango et Jakoboski dès le superbement épuré Joni (où Bellatrix chasse le temps d’un refrain vénéneux et acidulé sur les terres du trip-hop de Tricky), EP 2 alterne méditations subaquatiques aux réverbs cristallines et péripéties chamaniques dans la jungle d’Amazonie (Duality), rétro-futurisme moelleux aux basses rondes et cuivres 70s, spoken word mystique et ambient-techno ténébreuse (Chasing Rabbits, où les Londoniens prennent leur pied à réinventer le Big Bang) avant d’en terminer sur un So Be It aux allures de chaînon manquant entre Antipop Consortium et Captain Murphy. Ovniesque !"

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11. From the Mouth of the Sun - Sleep Stations (Lost Tribe Sound)

"Entre l’épure, la mélodicité et la mélancolie de la BO de Menashe à laquelle le titre éponyme servit l’an dernier de point de départ et les progressions délicatement et luxurieusement arrangées du très beau Hymn Binding qui devait même à l’origine inclure ledit morceau, ce nouveau format court d’Aaron Martin et Dag Rosenqvist est certainement le plus poignant de leurs soundtracks imaginaires depuis l’immense Woven Tide. Car si About the Life of Stars semble dessiner de nouveaux horizons pour le duo avec son ballet évanescent voire presque silencieux de synthés en suspension dans un bruit statique caressant, le violoncelliste américain et son compère suédois, ex Jasper TX, laissent libre cours sur les plus beaux passages de cet EP à leurs envies de symphonies majestueuses aux émotions exacerbées."

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10. Resina, Emilie Levienaise-Farrouch & Shida Shahabi - The Sea At The End Of Her String (130701 / FatCat)

"Ces dames du label 130701, division "modern classical" de FatCat Records, avaient pour deux d’entre elles déjà trouvé écho dans nos colonnes cet été, Karolina Rec aka Resina pour l’élégiaque et hanté Traces, ainsi qu’Emilie Levienaise-Farrouch dont les nouvelles compositions piano/ambient sombres et pulsatiles, What Remains et Layers of Sentiments font preuve de la même ferveur mélangeuse que son très beau deuxième opus Époques. Mais la révélation de cet EP avec les romantiques et dépouillés Chloris et Flora au piano solo, c’est l’Irano-Suédoise Shida Shahabi" auteure depuis d’un charmant premier album, Homes.

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9. A Dying User - Celestials (Subtrakt)

On retrouve Monolog pour une autre collaboration de taille, toujours chez Subtrakt mais inédite cette fois, avec son compatriote Karsten Pflum. Comme le reflètent sa pochette et son titre, Celestials est une ode à la déchance des êtres de lumière que nous sommes supposés être, un disque où les élans épurés d’une drum’n’bass incisive se perdent dans un purgatoire de textures et de vestiges électroniques déstructurés, même dans ses passages les plus épileptiques et chaotiques tel ce Cut Your Face For Richard qui pourrait être une référence à l’Aphex Twin de de la grande époque sans pâtir de la comparaison. C’est dire.



8. Mata - Atam (Atypeek Music)

Défendu par nos amis d’Atypeek Music, cet inclassable EP des Italiens qui frôle la durée d’un album en bonne et due forme malmène les derniers sectarismes soniques avec son ambient-rock glitché aux beats électroniques épars et aux zébrures noisy inattendues, comme un jam improbable entre Enablers et David Sylvian culminant sur le crescendo tribal d’un Movimento 2 halluciné. Pas étonnant que cet Atam ait eu les faveurs collectives de notre best of mensuel en avril dernier.



7. Hynom - Animals Are Built For Cages (Raash Records)

"Inclassables et bruts de décoffrage avec leur mixture de psychédélisme larsenisant, de groove rugueux, de drums massifs et syncopés et de déstructurations noise rock (l’entame Beware Of Pickpockets donnant le ton), les instrumentaux dAnimals Are Built For Cages évoquent de loin un Add N To (X) élevé au math-rock voire à Tortoise ou un hybride fantasmé de The Oscillation et Tobacco. Autant de groupes déjà particulièrement singuliers, c’est dire l’ovni que nous proposent ici Shaul Kohan (guitare), Itai Anker (basse), Ilia Gorovitz donc (électronique) et Adin Peskoff (batterie), culminant sur les presque 8 minutes menaçantes de Shoot The Shepherd, final Slint-esque dont l’atmosphère évoque ces moments de tension avant bombardement."

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6. Paulie Jan - Yukio (A Brief Sonic Evocation) (Ritual Process)

"Rompu aux textures viscérales et vacillantes propres à la synthèse granulaire, aux fields recordings rendus méconnaissables par leur traitement noisy et aux synthés déliquescents, Nicolas Birot de son vrai nom est de ces musiciens capables d’allier une sensibilité organique, presque lo-fi et cette attention au détail typique des producteurs ambient, un peu comme un Ben Frost en plus contemplatif (Kimitake et sa tectonique d’outre-rêve) ou un Roly Porter en moins grandiloquent (St Sebastien et ses élans funestes évoquant un monde sur le déclin), voire même le génial Terminal Sound System pour ces atmosphères post-apocalyptiques aux martèlements martiaux et aux nappes synthétiques au bord de l’érosion (Martyre)."

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5. Rabbi Max - Transatlantic (I Had An Accident)

"Près de deux ans après l’inaugural Interkontinential déjà défendu par I Had An Accident, Rabbi Max nous sert un deuxième "court format" de près de 25 minutes et en profite pour passer un pallier, dans l’immersion (avec des productions plus denses dès l’introductif Beyz) comme dans l’étrangeté (cf. le final Zaytik et sa messe en hébreu sur fond de beats lo-fi et indolents). Entre les deux, Geshleg plonge le drumming épique du bonhomme dans un bain incandescent de psyché-noise analogique et de synthés futuro-gothiques, les frappes implosives et pesantes de Der Dikhter s’effacent au profit des cordes mystiques d’un folklore yiddish habité et Meshugener rivalise de menace et de tension saturée avec les meilleures productions de Bonzo."

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4. Chris Weeks - The Glass Ceiling / Digital Isolation (Odd John Records)

"Retour à l’ambient mais dans une veine très métissée pour Chris Weeks. The Glass Ceiling déroule le temps d’une suite d’une trentaine de minutes une fascinante mouvance onirique, où cordes pincées, synthés étirés, claviers cristallins et drones réverbérés se répondent en un jeu de miroir vertigineux. Avec l’épure d’un Brian Eno, la majesté d’un Labradford et la mélancolie impressionniste d’un Jacaszek, le Britannique s’y permet quelques incursions fantasmagoriques bienvenues, du final futuro-psyché du morceau-titre aux élégies fantomatiques de Reflection, en passant par la rêverie embrumée aux idiophones ballotés par la bruine de Glass Houses. D’une beauté à couper le souffle."
Quant à Digital Isolation, carnet de bord des états d’âme provoqués par l’isolation digitale volontaire du musicien et allégorie qui fera forcément des envieux parmi les hyperconnectés que nous sommes, entre spleen entêtant, douceur éthérée et downtempo insidieux aux recoins ténébreux, il culmine sur un final aux 16 minutes brumeuses et malaisantes sans oxygène ni horizon, où l’on avance à tâtons sans y voir plus loin que le bout de sa souris.

< lire la chronique de The Glass Ceiling > < lire la chronique de Digital Isolation



3. Sagana_Squale - et nous brûlerons les rois​.​.​. (Mutefakemusic)

"Des rois allez savoir, mais Sagana_Squale a dû brûler quelques vinyles pour accoucher de cette collection d’hallucinations calcinées qui évoquent d’emblée le goût du Québecois pour les atmosphères lynchiennes cauchemardées. Il y a les Filament et leurs transmissions interdimensionnelles en combustion, Horizon et sa musique tribale de damnés, Pluie Froide et son jazz hypnotique du côté obscur façon Pink Room et le dark ambient spectral sur fond de drum’n’bass de Déicide, dont les effets reverse nous renvoient aux visions de l’Agent Cooper... déjà de quoi hanter nos rêves pour quelque temps. Mais c’est surtout Fibrine qui impressionne, avec ses faux-airs d’Ennio Morricone déglingué versant films d’horreur bis."

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2. Bethaniens Dust - Now Freedom Music (I Had An Accident)

"C’est une atmosphère de fantasmagorie désarticulée que l’on retrouve dès l’entame de ce nouvel EP de Simon Milligan avec un Precipitation à la croisée d’un sampling malmené et d’un jazz névrosé où surnage le spectre d’Ol’ Dirty Bastard revenu d’entre les morts. Parimeter Pyrites fait basculer cette dimension jazzy et imagée aux échos de manif pour les droits civiques encore un peu plus profond dans l’abîme, tandis que Prologue, par la biais des récriminations de Malcolm X, de nappes de crins perturbants et de percus africanisantes, évoque la révolte afro-américaine du mouvement Black Panther et surtout le climat de fin des temps et d’extrême fatalité qui devait régner à l’époque, entre assassinats politiques et persécutions policières, une atmosphère plombée que l’Irlandais renvoie dos à dos à l’exaltation de vie et de liberté d’une sample afrobeat en intro. La liberté ou la mort ?"

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1. Kingbastard - Double Agents (Autoproduction)

On se régale avec cette autoproduction de l’Anglais Chris Weeks, joyau hautement paranoïaque d’IDM downtempo aux intrigantes méditations cyber-organiques qui doit finalement autant à Massive Attack qu’à Autechre ou même à Ligeti pour ses hybrides de syncopations trip-hop aux effluves de lumière noire (Novichok), d’abstractions angoissées gravées sur circuits imprimés (There is No Method, Only Madness) et autres chorales d’âmes damnées perdues dans la machine (Surveillance). Quant au final Someone Is Lying, il nous gratifie de 6 minutes et demie d’une montée en tension dark techno ultra-dense et viciée que n’aurait pas reniée le label Stroboscopic Artefacts. Juste parfait.



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


vendredi 22 février 2019


Sulfure Festival

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