2011, derniers regards en arrière : 11 albums électro

2012 déjà bien entamée, je m’étais imposé une condition pour publier cet énième bilan hors délai : à la mi-février, je ne devais pas avoir vu passer plus de trois de mes lauréats dans d’autres classements de l’année écoulée, et pour quelques-uns d’entre eux au moins avoir du neuf à proposer à vos fidèles oreilles en quête de nouveauté. Banco.


1. Phoenecia - Demissions

Troisième album en dix ans et troisième chef-d’œuvre sous le nom de Phoenecia pour les ex Soul Oddity dont les collaborations aussi sporadiques qu’essentielles semblent pousser à chaque fois davantage le dark ambient et l’IDM dans leurs retranchements les plus singuliers, Demissions ne déroge pas à cette règle qui consiste, justement, à n’en avoir aucune. Labyrinthiques et abstraites, en apparence austères mais fourmillant de sautes d’humeurs et de subtiles dérèglements, les compos mutantes et mouvantes du duo de Miami stimulent aussi bien le corps que le cerveau, à la croisée de la densité organique de l’immersif Echelon Mail et de la virtuosité mathématique du plus cérébral Brownout pour rivaliser avec les meilleurs albums d’ Autechre, rien de moins. Inépuisable.



2. Tapage - Overgrown (+ Seven )

Souvent laissé-pour-compte des bilans de fin d’année à l’heure où les amateurs d’IDM atmosphérique et cérébrale n’ont d’yeux que pour Access To Arasaka, le Hollandais Tijs Ham dont on suit déjà avec passion les déambulations au sein de son nouveau netlabel Tapeface (cf. ces jours-ci encore les progressions crépusculaires de l’EP Passing Shades ) livrait pourtant l’an dernier avec Overgrown l’œuvre la plus impressionnante jamais sortie chez Tympanik Audio : un disque où le temps et l’espace se confondent au sein d’un fascinant lacis sonique dont chaque titre éclaire et complète le précédent... de quoi éclipser, ou presque, le déjà superbe mais plus homogène Seven sorti quelques mois plus tôt chez Raumklang dans une veine ouvertement cristalline et méditative.



3. Fuji Kureta - See-Through

Outsiders évidents de ce bilan, les Istanbuliotes ont pourtant mis la barre tellement haut en terme d’électro-pop élégante et mélancolique avec ce premier album à cheval sur le son de Bristol, l’IDM qu’on aime, le jazz et la nébuleuse Morr Music de la grande époque que même un Lali Puna canal historique n’aurait pu les déloger de mon podium. Si je vous dis que plus personne depuis Björk à ses débuts n’avait su faire preuve d’un tel degré de virtuosité et d’invention au sein de chansons à ce point mélodiques et accessibles, hésiterez-vous encore longtemps à vous procurer d’un simple clic cette petite merveille sous license Creative Commons ?


4. Plaster - Platforms

Au fil des articles, on l’a comparé à Autechre, Kangding Ray ou encore Monolake, avouez qu’il y a pire mais que cela ne vous mette surtout pas dans l’idée que le duo romain manque de singularité. Basculant dans l’abstraction, la froideur et l’obscurité les plus totales après le cinématique Zyprex et ses échanges ambivalents avec le saxo mélancolique d’Ivo Papadopolus, Platforms a en effet une façon bien à lui de générer l’angoisse, sourde et claustrophobique. Une veine particulièrement ténébreuse et désincarnée que l’on peut retrouver depuis quelques jours sur Double Connection, single inspiré par les préceptes spirituels du Canadien Eckhart Tolle et réinterprété par Zavoloka, Sturqen ou encore Dadub sur l’EP du même nom, à découvrir en intégralité du côté du label Kvitnu.


5. Emika - s/t

La Berlinoise d’adoption devait être l’arme secrète de Ninja Tune et redorer le blason du label anglais auprès des amateurs d’électro "exigeante" avec ses fusions de trip-hop délétère, de deep techno et de dubstep radical... l’anti James Blake en somme, dont les chansons à nue cacheraient cette fois un puits sans fond de sensualité ambivalente et d’introspection malaisante. Au lieu de ça, un semi-flop mais de ceux dont on félicitera encore le label dans 20 ans, le fait que le gros des hipsters - tout comme la plupart des puristes d’ailleurs - soient incompréhensiblement passés à côté donnant à ce premier album éponyme si longuement anticipé de la troublante Anglaise une aura d’autant plus précieuse.



6. Oval - OvalDNA

Pas loin de nous refaire le coup de O en terme de format l’ami Markus Popp, ou du moins de son premier CD aux instrumentaux plus étoffées... mais en infatigable tête chercheuse qu’il demeure, l’Allemand continue de creuser sa refonte à l’instinct des processus de composition électronique et de manipulation analogique. Ainsi, de saccades épidermiques en frictions de fréquences amniotiques, cet OvalDNA aux humeurs lunatiques apparaît autrement plus chaotique et déconstruit que son prédécesseur, finalement aussi proche de l’avant-garde acousmatique ou du bruitisme en liberté que du glitch dont l’auteur de Systemisch avait posé les jalons il y a près de 20 ans déjà. Exigeant mais captivant.



7. Kangding Ray - OR

Disque charnière s’il en est, ce troisième opus chez Raster-Noton du français émigré à Berlin brouille les frontières entre techno indus, IDM, dubstep et dark ambient pour s’imposer comme le plus malaisant des rouleaux-compresseurs rythmiques, un peu comme si Monolake avait invité une armée de zombies à se trémousser le regard vide devant un mur d’enceintes et de machines-outils pour célébrer la fin du monde, les infrabasses soufflant peu à peu les derniers lambeaux de leurs chairs putréfiées. Un album tout ce qu’il y a de plus frais et léger en somme, taillé pour les écoutes répétées au casque à condition bien sûr d’avoir les tympans solides.


8. r.roo - Broken Time

Entre le troisième opus oppressant comme il faut de son projet tribal-indus Na-Hag en libre téléchargement depuis fin janvier chez X-Line, et le nouvel album de r.roo lâché aujourd’hui même par le netlabel Abstrakt Reflections, ode stellaire à la fugacité de l’instant sur laquelle nous reviendrons sûrement bientôt, l’année démarre fort pour l’Ukrainien Andriy Symonovych. Alors avant d’être submergé sous le flot des sorties et autres projets parallèles du patron de Someone Records, autant profiter de l’occasion pour revenir une dernière fois sur ce sommet de spleen épuré, où piano mélodique et beats cafardeux se télescopent dans le no man’s land de nos émotions meurtries.



9. Zavoloka - Vedana

Qui a dit que l’IDM était un milieu d’hommes ? Troisième de ces dames - sur quatre tout de même - à intégrer ce peloton de tête, l’Ukrainienne est le parfait contre-exemple à cette idée reçue, délaissant ici (quelques chœurs mis à part) les influences traditionnelles de son précédent opus Viter pour prendre à bras le corps le soundscaping torrentiel et foisonnant d’un Access To Arasaka. Différence de taille néanmoins, les pulsations de la graphiste attitrée de l’écurie Kvitnu battent au rythme de la nature plutôt que du cyberespace, ses nappes éthérées coulent dans les veines de la Terre, ses glitchs y fourmillent comme autant de micro-organismes en quête de lumière et pour cause, Vedana, 2ème opus d’un cycle consacré aux quatre éléments, tire son inspiration de l’eau et de son pouvoir de purification.



10. adamned.age - Fragile

Ne vous fiez à ces huit minutes trente d’ambient toute en reverb cristalline de l’intro Seclusion, l’Allemande Hanne Adam a la sensibilité vagabonde et le prouve à nouveau ici : de rêveries post-classiques sur lits de craquements de vinyle et de beats downtempo, en abîmes glitch oniriques ou autres maelströms de pulsations aquatiques, cette artiste touche-à-tout, tantôt peintre, photographe, poète ou vidéaste parvient à nous envoûter sur près d’une heure au fil de ces denses entrelacs électro-acoustiques aux délicats affleurements émotionnels. Une petite merveille d’électronica impressionniste.



11. Altrice - Stem

Avant de s’illustrer parmi les remixeurs les plus inspirés de TKOL, le producteur originaire de Tucson actuellement au travail sur un premier véritable album tentait un coup de poker en s’attaquant au Swim de Caribou avec l’aval de ce dernier, scotché tout comme nous par son remix martial et insidieux de l’hédoniste Sun. Pari réussi avec ce Stem brillant de bout en bout qui ne retient de l’original que l’ordre des morceaux, et que cela n’ait pas suffi à affoler les senseurs des faiseurs de hype est plutôt bon signe, ce récent EP en libre téléchargement aux allures de balade feutrée au milieu des astres est là pour le prouver.


La suite :

12. Subsea - En La Lejanía
13. x3d5 - Purple Face Of Chaos / Rustle Of Infinite Silence
14. Robot Koch - The Other Side
15. a.d.l.r - Foam On The Waves Of Space-Time...
16. Lucy - Wordplay For Working Bees
17. Biotron Shelf - Cloud Bands And Arabesques
18. Harmash / Krugly / Minkov - Live Improvisation At « Ў » Gallery
19. Karsten Pflum - No Noia My Love
20. cyclo - id
21. Melodium - Coloribus
22. Amon Tobin - ISAM


Quelques beaux EPs pour prolonger le plaisir :

1. Frank Riggio : Texturtion + Distosolista
2. Coded Sleep : Or Ion
3. VNDL : Something For Someone
4. Scorn : Yozza
5. Access To Arasaka : Orbitus
6. Lysergic : Black Coaches
7. Amenta : Sacred Places
8. Corduroi : Anything For Now
9. Invector : Green
10. Zavoloka : Svitlo
11. Floating Points : Shadows


Crédit photo : Régine (œuvres à visionner sur son blog).



indie rock mag - IRM des musiques actuelles


samedi 15 décembre 2018


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